Pression artérielle sans brassard - Fondation HTA

Pression artérielle sans brassard

Pr Xavier Girerd – Dr Raphaël Lasserre

Congrès CNCH novembre 2022

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Dr Lasserre : Pouvez nous parler de la mesure de la pression artérielle sans brassard ?

Pr Girerd : Alors effectivement parler de la mesure tensionnelle dans un congrès de cardiologues, on se dit que cela ne va intéresser personne et bien détrompez-vous. Il y avait beaucoup de monde dans la salle et les thèmes que l’on a abordés avec les collègues, le Dr Boulestreau et le Dr Denolle, ont été des thèmes de la vie quotidienne.

Comment mesurer la pression artérielle ? Et puis les thèmes : comment allons-nous la mesurer demain ? Alors moi j’ai parlé de demain mais j’aimerais quand même, si vous me posez la question, vous parler de la mesure d’aujourd’hui. La mesure d’aujourd’hui, tous les collègues le savent, n’est plus la mesure  qu’on faisait il y a 10 ans, puisqu’on utilise maintenant les tensiomètres  automatiques et c’est vraiment très important. Les tensiomètres  automatiques ça doit être dans les cabinets médicaux, même à l’hôpital on doit imposer à l’administration de nous acheter des tensiomètres automatiques qui permettent de faire la mesure répétée en consultation, celle qui permet de se  déclencher toute seule et de faire au moins trois mesures.

Fiabilité, reproductibilité

Maintenant, on a franchi l’étape où l’on se disait : est-ce que l’appareil marche ? Est-ce qu’il est sur la liste ? En fait, de toute façon, les appareils qui ne sont pas sur la liste n’y seront jamais.

Ce n’est pas pour ça qu’ils ne marchent pas. Ils peuvent durer moins longtemps. Donc si on achète un appareil bas de gamme et bien il risque de tomber en panne et ce n’est pas très développement durable car ces appareils, on ne les répare pas ou peu.

Vous parlez de mesures répétées, mais tout ça n’est-ce pas un peu chronophage pour le cardiologue qui n’est pas lui-même hypertensiologue ?

Alors est-ce que c’est chronophage ? J’ai travaillé justement avec beaucoup d’autres collègues sur combien de temps entre chaque mesure ? En fait c’est très clair : il suffit qu’il y ait 30 secondes et ça suffit largement. L’effet blouse blanche qu’on essaye de détecter par ces mesures répétées, c’est en fait un effet qui est lié à la première mesure. En fait, il faut faire une première mesure.

Mais la deuxième et la troisième, il faut les faire aussi parce que c’est la troisième à partir de laquelle on va pouvoir fixer une orientation, s’il y a entre 100 et 130 et bien ce n’est pas la peine de s’embêter. S’il y a plus de 130, il faut faire des mesures en dehors du cabinet médical : l’automesure, la MAPA et peut-être les appareils de demain qui sont les appareils qui vont remplacer la MAPA par exemple.

Vous avez même abordé la question de l’hôpital de jour pour la mesure de pression artérielle. Est-ce que c’est quelque chose que vous conseillez ?

Alors je suis de l’école de l’hôpital Broussais de Joël Ménard qui avait, dans les années 80, inventé cette mesure répétée de consultation. On avait avec les fameux Dynamap, que nous avons encore dans les hôpitaux, cette possibilité de voir les patients alors qu’ils avaient eu plusieurs mesures réalisées avant qu’on ne les voit en consultation.

Et moi à ma consultation aujourd’hui, je ne mesure plus la pression artérielle de mes patients. En fait ça a été fait avant, dans un autre box par une infirmière, donc ce n’est pas vraiment une nouveauté. Je le fais à la consultation.

En fait mesurer la pression artérielle à la consultation, c’est là pour montrer au patient qu’on s’intéresse à son état cardiovasculaire. Il faut le faire avec un tensiomètre automatique mais porter un diagnostic avec une pression

artérielle à la consultation, on peut le faire si les gens sont entre 100 et 130 de systolique. Si c’est en-dessous, si c’est au-dessus, on se trompe, il faut faire autre chose.

Il y a trop peu d’HTA masquée ?

Il y en a mais c’est souvent des erreurs de mesure.

Vous avez parlé des appareils à poignet notamment ?

Ils sont difficiles à utiliser pour les patients donc ils peuvent se tromper.

Il y a la fiabilité de l’appareil et il y a la qualité de la mesure qui est souvent moins bonne ?

En fait la fiabilité c’est réglé. Tous les appareils maintenant marchent. En  revanche, l’usage qu’en font les gens, les médecins, les patients, les infirmières, les pharmaciens…  il y a beaucoup d’efforts à faire.

La Fondation de Recherche sur l’hypertension artérielle a mis au point l’autotest de la tension, un document papier. On est revenu du numérique au papier et c’était très compliqué de pouvoir donner finalement une instruction simple.

Je pousse tous ceux qui nous regardent à aller voir sur le site de la Fondation comment est fait l’autotest de la tension. Et bien on dit aux gens : trois mesures. Vous prenez la troisième et vous regardez le chiffre de la systolique et ces choses simples qui pourraient beaucoup aider les praticiens dans leur vie quotidienne.

Alors en rythmologie, on mettait des holters ECG. Aujourd’hui, ils mettent des holters implantables et enfin bientôt c’est les montres connectés qui ont vraiment beaucoup pris le pas. Pour l’automesure tensionnelle, on avait les appareils à bras et maintenant il y a c’est cette photopléthysmographie. Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ?

Oui alors la photopléthysmographie c’est la vraie révolution. On la doit à un ingénieur suisse absolument génial, Joseph Sola, qui a vraiment développé un outil qui est extraordinaire (que j’ai rencontré) et l’outil et l’homme et c’est en fait une technique qu’on connaît depuis très longtemps, la photopléthysmographie mais il y a associé de l’intelligence artificielle, de la gestion, de la data et tout ça est très breveté, très protégé donc ils ont un très bel outil mais ils ne peuvent pas être copiés.

Il n’y a d’intérêt que quand il y a des millions de données quand même, des dizaines de milliers de données ?

Ce qui pose quelques problèmes un peu éthiques ! Ces données elles appartiennent à qui ? Et bien elles appartiennent en fait au constructeur et il y a des patients qui ne veulent pas et donc c’est pour ça qu’aujourd’hui je pense que le système n’est pas encore suffisamment diffusé, il y a trop de problèmes éthiques et techniques et de reproductibilité.

Par exemple, mesurer sa pression artérielle tous les jours ça ne sert à rien. La pression est très stable. Elle peut être très différente si on la mesure une fois et trois fois ce n’est pas pareil. Mais si on la mesure 100 mille fois sur une durée puis 100 mille fois sur une durée proche, c’est exactement la même valeur.

Il faudra peut-être imaginer que des hôpitaux en soient équipés et les mettent à disposition des patients ?

Oui alors ça c’est dans les projets de cette société dirigée par Joseph. Mais ce n’est pas encore disponible, ça devait l’être en juin… ça ne l’est pas… donc ils doivent avoir des problèmes techniques, des problèmes d’enregistrement, donc je pense qu’aujourd’hui c’est trop tôt mais ça sera une vraie révolution.

Vous nous avez dit dans 10 ans, il n’y aura plus d’Holter tensionnel ?

Oui ça sera ça.

Pourquoi ça va remplacer ?

Parce que 10 ans je pense que c’est le temps que va mettre le système pour se développer, pour trouver de la concurrence. Les bons systèmes se développent bien s’ils ne sont pas hégémoniques. Aujourd’hui ils sont un peu trop hégémoniques, ça empêche l’évolution technique. Donc c’est pour ça que je pense que dans 10 ans cela ne sera plus du tout la même chose mais je ne serai plus invité dans 10 ans, je serai l’utilisateur !

Très bien, je vous remercie pour cet échange sur la mesure de la pression artérielle d’aujourd’hui et de demain. A bientôt.