
Il faudra reprendre le traitement dans son intégralité dès le retour aux températures normales pour la saison.
En cas de maladie cardiovasculaire complexe toute interuption des medicaments impose de prendre l’avis du médecin prescripteur.
BH : Première question, est-ce que réellement, à tout âge, on peut avoir des problèmes de santé liés à la chaleur, en particulier dans ces périodes chaudes d’été ?
XG : La réponse est que ça dépend de ce qu’on fait, plus que de l’âge. Au fond c’est le type d’activités, où on est, dans quelles conditions, dans quel état de santé on est. Je pense que tous les messages grand public sont très inadaptés à la situation de chacun, il ne faut pas croire tout ce qu’on écoute, il faut essayer de se regarder le nombril, de se dire mais qu’est-ce que j’ai comme maladie, qu’est-ce que je prends comme traitement, qu’est-ce que je veux faire comme activité. Dans votre présentation, Boris, vous avez dit est-ce qu’on peut préserver sa santé ? En fait, la chaleur est une agression donc non on ne préserve pas sa santé avec la chaleur, on peut essayer d’éviter d’aggraver et éviter d’avoir des complications – la complication la plus terrible étant la mort parce qu’on sait que la chaleur ça peut provoquer la mort. J’aimerais donner des messages pour que les gens ne meurent pas !
BH : On va donner des conseils, répondre à vos questions. Le message important c’est que ce n’est pas uniquement l’âge qui est à prendre en compte, c’est la situation dans laquelle on est. Si quelqu’un a par exemple un traitement antihypertenseur à 40 ans ou 50 ans, déjà un traitement antihypertenseur compliqué, la chaleur peut être un facteur de risque de problèmes, on va y revenir, aussi bien quand on a 80 ans si on n’a pas de traitement antihypertenseur, je pense qu’on va pouvoir préciser ces choses-là ?
XG : Il va falloir à un moment ou un autre qu’on parle des médicaments, des traitements mais il y a aussi des tas de traitement pour l’hypertension qui sont dit naturels, rappelez-vous on a fait une bonne émission qui avait eu grand succès où on détaillait ces traitements naturels de l’hypertension. Mais attention le sport peut être très dangereux quand il fait chaud, l’alimentation, la façon dont on s’alimente, boire trop par exemple.
BH : On ne va pas vous empêcher de faire du sport, on ne va pas vous empêcher de manger. Le premier conseil quand il fait chaud : combien faut-il boire ? On entend parfois dire qu’il faut boire beaucoup, qu’il faut davantage s’hydrater et là vous avez un premier message absolument essentiel à nous passer ?
XG : C’est typiquement le message grand public, depuis la canicule de 2003, parce que toute cette histoire a commencé en 2003. En 2003, il y a 15 000, 20 000 morts en quelques jours et bien sûr ça traumatise tout le monde et en particulier les médecins parce qu’on a vu nos patients décéder alors qu’ils n’auraient pas du tout dû décéder. Mais quand on a pris un peu de recul et qu’on s’est dit de quoi sont-ils morts et bien l’idée numéro 1 a été de dire ils sont morts parce qu’ils se sont déshydratés. Mais pas du tout ! En fait, ils sont morts parce qu’ils se sont trop hydratés, c’était très paradoxal.
BH : Il faut nous expliquer ça! Ne pas boire suffisamment est un problème, mais boire trop est aussi un problème, donc on va vous donner précisément la conduite. Comment est-il possible que quand on boit trop ce soit dangereux quand il fait chaud ?
XG : Ce n’est pas l’endroit pour l’expliquer. Ce sont des mécanismes : la régulation, la boisson, l’eau qu’on absorbe, c’est très complexe. Nous sommes faits de 80 % d’eau, ou peut-être 75 %, nous ne sommes que de l’eau avec un petit peu de matière solide, mais pour que l’eau rentre dans nos cellules, il faut qu’elle soit aidée par des ions et c’est le fameux sel, le sodium dont tout le monde pense que c’est mauvais pour la santé – pas du tout, c’est en fait indispensable ! Si on prenait de l’eau et qu’il n’y avait pas de sel dans l’alimentation qu’on prend par ailleurs, parce que boire de l’eau salée ce n’est pas très agréable ni désaltérant, donc il faut pouvoir manger du sel avec de l’eau et s’il y a un déséquilibre qui se fait entre les apports d’eau, le volume que l’on prend, et les quantités de sel et bien on va « noyer son sel ». En clair le problème, c’est si on apporte trop d’eau, eau du robinet ou eau minérale, et qu’en même temps on ne mange pas assez de sel…
BH : Attention, on ne pas dit qu’il faut se bourrer de sel !
XG : Quand il fait très chaud, ou si vous devez faire la traversée du Sahara, je vous conseille de prendre de l’eau mais je vous conseille de prendre du sel, des pastilles de sel, sinon l’eau vous ne pourrez pas la faire rentrer dans votre organisme.
BH : Très concrètement, combien d’eau faut-il boire quand il fait 30, 35, 38° ?
XG : Il n’y a pas de règle générale, c’est là qu’il faut faire de l’introspection : ça dépend de son âge, ça dépend de son poids, ça dépend des maladies qu’on a. Si vous êtes en bonne santé, quand on est vraiment déshydraté, le premier signe de la déshydratation c’est la soif. Sauf aux extrêmes de la vie, par exemple très âgé, très jeune, on n’a pas la même perception de la soif. Il faut laisser l’organisme, la nature, faire bien les choses. La très grande majorité des gens sont en bonne santé vis-à-vis de ce paramètre qui est celui de la sensation de soif. Les gens très âgés qui sont dans les Ephad, ou paralysés, qui ne peuvent pas boire parce qu’ils ne peuvent pas porter la bouteille, le verre à la bouche, il faut les aider. J’aimerais qu’on pose la question de la quantité : la quantité n’a pas d’importance.
BH : Premier cas : je suis en bonne santé, je sens la soif, je bois à ma soif, ni plus ni moins, je ne me force pas à boire 1, 5 L ou 2 L. Deuxième situation : je suis une personne très âgée, très malade, typiquement la grand-mère Ephad ?
XG : Pour ces gens-là, on avait jusqu’en 2003 le message de dire on va les faire boire. Et depuis 2003, il y a eu beaucoup d’investissements pour que dans chaque Ephad, il y ait une pièce réfrigérée et pour tous ceux qui travaillent avec les gens en handicap, âgés ou pas âgés d’ailleurs, quand la canicule arrive pendant la journée, le matin, on emmène tout le monde dans la chambre réfrigérée. Le vrai message ce n’est pas de boire beaucoup, c’est quand il fait chaud allez dans des endroits où il fait moins chaud.
BH : Ça c’est extrêmement original par rapport à ce qu’on lit partout. Vous voyez ici, au lieu de vous dire « buvez au moins 1,5 L, 2 L ou 3 L par jour » on vous dit 1/ buvez à votre soif et 2/ le plus important pour éviter les conséquences de la canicule c’est de se rafraîchir. Donc allez dans une pièce froide.
XG : Ce n’est pas forcément une pièce froide, c’est essayer de faire le maximum, il faut essayer de faire un tour dans une voiture où il y a la clim, aller dans un endroit rafraîchi, une salle de cinéma, un centre où il y a du rafraichissement. Mais j’aimerais vous donner un truc, un truc de vieux prof qui m’a été enseigné par un prof de santé publique de Marseille, un homme qui est aujourd’hui décédé, mais qui était vraiment une très grande personnalité de la santé publique. Cet homme a toujours travaillé à Marseille et j’ai été son praticien, je le soignais et un jour en 2003, on parle de la canicule, des moyens, il me dit qu’il y a un moyen que les gens à Marseille connaissent bien, comment on se rafraîchit quand il fait très chaud ? Et bien on prend une bassine, la bassine du linge, on met de l’eau fraîche mais pas de l’eau froide, on relève ses manches et on met les mains et si possible les avant-bras dans la bassine pendant 5 minutes. Le rafraîchissement est instantané ! Vous pouvez faire la même chose avec les pieds, dans de l’eau fraîche mais pas de l’eau glacée. Ça permet de faire des échanges thermiques, parce que les mains, les extrémités, c’est ce qui a le plus froid quand il fait froid, et quand il fait chaud c’est pareil, ça se refroidit par-là. C’est un moyen de rafraîchissement très simple qui existe depuis la nuit des temps.
BH : Le conseil est très clair : plutôt que de s’hyperhydrater, il faut se rafraîchir. Les brumisateurs, c’est une bonne idée aussi ?
XG : Ah oui excellent, le brumisateur, tous les petits moyens qu’on voit maintenant : le ventilateur et puis on met devant un linge humidifié, c’est très bien. Il faut rafraîchir l’atmosphère et il y a plein de moyens pour rafraîchir l’atmosphère.
BH : Est-ce que manger de la glace est une bonne idée, parce que là on va se rafraîchir par l’intérieur ? Parce que ça fait du bien de manger une bonne glace quand il fait chaud.
XG : Oui mais c’est autre chose et puis la glace c’est sucré, c’est gras, on peut avoir des problèmes de santé.
BH : Ça peut être contreproductif parce qu’en fait on fait entrer du froid à l’intérieur. C’est un peu comme quand on dit de boire très glacé, en fait au lieu d’aider à évacuer la chaleur parce que c’est ça le but en fait : évacuer la chaleur pour éviter que le corps se mette en surchauffe, et bien on va attirer la chaleur à l’intérieur du corps. On ne va pas contre-indiquer, on ne va pas interdire de manger, ça fait toujours plaisir mais ce n’est pas ça qui refroidit.
XG : Pour préparer l’émission, on a eu un échange téléphonique, et vous m’avez donné un truc que je ne connaissais pas et j’aimerais que vous le racontiez. Que font les Touaregs quand ils traversent le désert ?
BH : Ils boivent d’abord du thé, c’est tiède voire chaud et c’est ce qui va aider à extérioriser la chaleur, parce qu’il va y avoir un gradient entre l’intérieur et l’extérieur et donc la chaleur va sortir du corps. Deuxièmement, c’est quelque chose que j’ai lu, je ne sais pas si c’est vrai, ils ont des tuniques qui favorisent une sorte de courant d’air entre le corps et la tunique et semble-t-il que ça les aide à mieux vivre la chaleur.
XG : En tout cas les vêtements amples, c’est un point important : faut-il se dévêtir quand il fait chaud ? Non, il faut être vêtu, se méfier du soleil et se vêtir de vêtements amples. Dans tous les pays chauds, on porte des vêtements amples où il y a du courant d’air entre la peau. Un élément important, je n’ai pas beaucoup de compétences là-dessus, mais vous en avez peut-être comme endocrinologue : la transpiration. J’aimerais qu’on puisse réhabiliter la transpiration, qui est nécessaire.
BH : La transpiration, c’est quoi finalement ? C’est ce qui permet au corps d’évacuer la chaleur. Donc si on ne transpire pas, on n’évacue pas la chaleur, on la garde à l’intérieur et on risque la surchauffe. Attention, il y a ce qu’on appelle le coup de chaleur, qui risque d’arriver si jamais le corps surchauffe, un peu comme un moteur de voiture surchauffe. Vous avez dit qu’il faut ne pas hésiter à manger un peu salé pendant cette période, mais que faire en cas d’insuffisance rénale où l’on demande de limiter l’apport en sel ? Et en cas d’insuffisance cardiaque, on dit aussi qu’il faut limiter l’apport en sel pour éviter que ça gonfle, éviter les œdèmes, la rétention d’eau et de sel.
XG : Un patient qui a l’insuffisance rénale, il a des médicaments contre l’hypertension artérielle en règle générale, qui sont d’ailleurs les mêmes médicaments qu’on donne dans l’insuffisance cardiaque, en particulier les médicaments diurétiques, les médicaments IEC, ceux qui se terminent par -pril ou les sartan. Et la gestion de ces traitements est très importante.
BH : Il y a quand même plus de la moitié de la population des plus de 50 ans, je crois que c’est 50 % des +50 ans qui ont une hypertension artérielle et donc qui sont traités en principe par un traitement antihypertenseur. On a pour ces personnes-là des messages fondamentaux à délivrer.
XG : Le traitement antihypertenseur est un traitement qui est d’abord protecteur, donc la chose qui est très importante c’est que malgré tout ce qu’on va dire là, il y a peut-être des situations où on arrête le traitement. Ce message, il est difficile à manier en communication grand public parce que si on dit arrêtez vos traitements, les gens vont l’arrêter mais il ne faut pas oublier de le reprendre !
BH : Vous avez mentionné « arrêtez vos traitements » : ça veut dire que vous allez nous donner quelques conseils. Pourquoi faudrait-il arrêter les traitements antihypertenseurs ?
XG : Oui, mais avant cela, si je vous parle de l’arrêt des traitements, j’aimerais d’abord dire à tous ceux qui nous regardent que vous devez absolument les reprendre dès que le coup de chaleur est passé, parce que ce n’est pas arrêter vos traitements ad vitam, ça malheureusement ce serait un très mauvais conseil à entendre.
BH : Pourquoi faut-il modifier éventuellement ses traitements antihypertenseurs pendant la canicule ?
XG : Là, on est au cœur de mécanismes complexes pour lesquels les messages grand public étaient de dire : si vous avez des traitements et qu’il fait chaud, allez voir votre médecin. Je ne suis pas du tout d’accord avec ces messages-là aujourd’hui. C’était peut-être vrai il y a quelques années.
BH : Quand on avait des médecins disponibles tous les jours et à toute heure !
XG : Il ne faut pas téléphoner pour prendre un rendez-vous s’il y a un coup de chaleur, non il va falloir que vous débrouilliez un peu tout seul. Et moi je veux aider les gens, donner quelques trucs. Le premier truc c’est qu’il faut regarder, sur sa liste de médicaments, quel médicament on prend parce que ce que je vais vous dire là concerne certains médicaments mais pas tous. Les médicaments de la catégorie des diurétiques – je ne peux pas vous donner toute la liste, bien qu’il y en a plus tellement, il y en a pas beaucoup maintenant – il y en a beaucoup plus dans la catégorie des IEC : ils se terminent par -pril c’est facile, périndopril, captopril, ramipril… les deux plus fréquemment prescrits en France sont ramipril et perindopril. Et puis il y a les médicaments qui se terminent par sartan, alors c’est très facile il y en a beaucoup plus mais ils sont faciles à reconnaître : telmisartan, irbésartan, valsartan… Si vous avez ces médicaments-là, vous êtes intéressés peut-être par ce que je vais vous dire.
BH : Écoutez bien les messages jusqu’au bout : vous avez ici non pas l’avis isolé de quelqu’un mais du pape de l’hypertension. Donc on n’arrête pas tout, on n’arrête pas n’importe comment et on n’arrête pas pendant longtemps !
XG : Premièrement, reconnaître si on a un diurétique, un médicament IEC ou un sartan. La deuxième chose, il faut savoir dans quelle situation on est : est-ce qu’on est un patient avec de l’hypertension, qui est en bonne santé grâce au traitement de l’hypertension, on n’a pas fait de complication ou alors est-ce qu’on est quelqu’un qui a déjà fait une complication de l’hypertension, parce que il y a quand même 25 % des gens qui sont soignés pour hypertension qui ont déjà fait soit un AVC, soit une maladie cardiaque, un infarctus du myocarde, une insuffisance cardiaque ou ceux qui ont, plus rarement – parce c’est quand même heureusement une maladie assez rare – une insuffisance rénale chronique. Si vous êtes dans cette catégorie des patients dit « à risque », à ce moment-là, vous allez peut-être continuer à m’écouter mais si vous êtes dans la catégorie des patients standard, n’arrêtez pas vos traitements antihypertenseurs, sauf dans une situation : vous êtes très fatigué, vous avez perdu 10 % de votre poids – 10 % si vous pesez 100 kg, ça veut dire que vous êtes à 90 et si vous faites 60 kg ça veut dire que vous êtes à 54 – il faut avoir perdu vraiment beaucoup de poids, c’est pas un petit kilo par-ci par-là. Troisième situation, vous avez la tête qui tourne dès que vous changez de position, dans ce cas-là, mesurez votre pression artérielle avec les fameux tensiomètres. C’est pas la peine d’aller chez le médecin. Vous pouvez peut-être aller chez le pharmacien s’il veut bien vous la mesurer. Mesurez votre tension et si votre tension est à 100 pour le chiffre du haut, ou moins, à ce moment-là vous allez arrêter les traitements, le temps de faire passer la vague de chaleur.
BH : Tout ce qu’on vous dit là concerne les personnes qui sont en mesure de surveiller leur tension artérielle, d’avoir bien identifié les traitements qu’ils avaient, et qui n’ont pas un accès facile, immédiat à leur médecin traitant. On n’est pas en train de vous dire de faire n’importe quoi et d’aller contre l’avis de votre médecin. Votre médecin reste quand même votre interlocuteur privilégié. Mais c’est vrai que pendant l’été, il y a des réflexes à acquérir et c’est pour ça qu’on vous donne ces réflexes. Donc c’est les diurétiques ?
XG : Alors les diurétiques, les médicaments qui se terminent par -pril et les sartan, et si on a ces maladies qui sont les complications de l’hypertension, on est dit un patient à risque. À risque de faire ces hypotensions ou ces déshydratations.
BH : L’idée c’est d’éviter pendant cette période aigue de 3 jours, 4 jours une chute de tension, un malaise qui nous amènerait à l’hôpital alors que vous n’avez pas l’occasion de voir un médecin.
XG : Plus qu’une chute de tension, c’est ce qu’on appelle une déshydratation qui est une complication. C’est très préoccupant la déshydratation chez les patients qui sont à risque. Mais chez tous les autres hypertendus qui sont sous diurétiques, sous -pril, sous sartan, on continue son traitement normalement, on ne se pose même pas la question.
BH : C’est clair, merci pour ce point qui est important pour les gens concernés et pour leur entourage. On a parlé du coup de chaleur, qu’est-ce que c’est ce fameux coup de chaleur ?
XG : J’aimerais faire un petit historique très rapidement. 2003, c’est un grand traumatisme pour un pays comme la France, les médecins sont très interloqués, il y a des milliers de gens qui sont morts parce qu’il a fait pendant 8 jours plus de 25° la nuit, c’est ça la canicule, la température la nuit qui ne baisse pas. Il vaut mieux se rafraîchir la nuit, il faut essayer de dormir dans une pièce fraîche, si pendant la journée il fait chaud, mais il faut essayer de dormir. Qu’est-ce qui s’est passé ? On s’est rendu compte que ces gens-là ne mouraient pas de déshydratation mais mouraient d’hyponatrémie, on a parlé tout à l’heure de ce mécanisme complexe.
BH : L’hyperhydratation ?
XG : On sait que ces patients, le plus souvent des gens âgés, des gens fragiles, il faut les mettre dans une atmosphère rafraîchissante, en particulier la nuit, même pendant la journée, pour éviter d’avoir ces mécanismes. Mais il y a une deuxième catégorie de gens qui sont morts : c’est des jeunes. Des gens jeunes sont morts et les gens jeunes sont morts de coup de chaleur.
BH : C’est quoi le coup de chaleur ? Ce n’est pas le coup de soleil. Le coup de soleil, c’est la peau qui brûle, le coup de chaleur c’est quelque chose qui va concerner l’intérieur du corps ?
XG : Le coup de chaleur c’est quelque chose d’imprévisible qui touche des gens en pleine santé, des gens jeunes qui n’ont aucune maladie, qui ne prennent aucun médicament, et dans 99 % des cas c’était des coups de chaleur liés à la réalisation d’un exercice physique ou sportif, habituel pour le patient, mais complètement inadapté étant donné les températures.
BH : Qu’est-ce qui se passe dans ce cas-là ? Qu’est-ce que ça fait sur le corps ?
XG : Pour terminer la petite histoire, parce que ça a été très marquant, il y a eu beaucoup de publications scientifiques. C’est des gens qui faisaient des marathons, qui faisaient des courses à pied, un peu extrêmes, et c’était des militaires qui étaient à l’entraînement. En particulier, il y a eu en Inde de grandes publications où dans la compagnie il y avait 25 jeunes soldats, en pleine forme, qui étaient morts ! Vous comprenez le traumatisme et donc on a compris qu’il y avait des limitations à apporter à l’exercice physique. Le message « faites du sport », vous le connaissez bien, vous le divulguez, mais quand il fait plus de 30° mon message c’est « vous faites gentiment si vous voulez faire des petites choses, faites de la natation plutôt que d’aller faire votre sport ». Les morts sur les courts de tennis à 40°, c’est des gens en pleine santé. C’est très traumatisant, il ne faut pas faire de sports extrêmes.
BH : Qu’est-ce qui se passe dans le coup de chaleur ? C’est pas seulement qu’on va être fatigué, qu’on aura mal à la tête, mais c’est une défaillance du corps qui se met en place.
XG : C’est une défaillance aigue qui est liée à ces problèmes de transport d’eau dans les cellules et de manque. C’est pour ça que les gens qui font ces sports extrêmes, marathons, trails, et bien les préparations à ces moments-là sont des préparations où on s’hydrate mais on ne s’hydrate pas bêtement : on prend des boissons énergisantes, on prend des boissons avec des ions, on apporte du potassium, on apporte du sodium pour lutter contre ce déséquilibre qui arrive très brutalement, on a vu des photos de marathoniens qui terminent complètement hagards et qui s’effondrent. Ça touche le fonctionnement cérébral.
BH : Le cerveau et le cœur sont touchés, le foie, le rein ? Encore une fois, on ne va pas vous interdire de marcher un peu pendant l’été, il s’agit là bien évidemment de personnes qui ne sont pas entraînées.
XG : Pas forcément !
BH : On peut faire le marathon du désert et en pleine santé mais ce sont des gens qui sont entraînés, des gens qui savent détecter les premiers symptômes, qui savent s’hydrater, qui savent gérer leur corps et surtout qui sont entraînés tout au long de l’année.
XG : Les organisateurs de marathons ont maintenant des critères pour annuler les marathons. Au dernier marathon de Paris, il y a eu plusieurs morts, des gens jeunes, entraînés. Votre message de dire « parce qu’on est entraîné, on peut », moi je ne suis pas du tout d’accord. Les organisateurs annulent les marathons quand il fait trop chaud ou quand le taux de pollution est trop important. Quand il fait chaud, le taux de pollution augmente, il y a moins de vent, et ça c’est des critères qui devraient être appliqués aux gens : il fait trop chaud, on ne fait pas 20 km de course. On peut marcher 15, 20, 30 minutes parce que ce n’est pas du sport, c’est lutter contre la sédentarité. Il s’agit d’aller courir un marathon, de faire une partie de tennis, de faire des sports extrêmes et de rester plusieurs heures à 40° sans se rafraîchir. Dernier élément historique pour marquer un peu les gens : pourquoi les grands tournois de tennis évitent l’été ? Roland Garos est au mois de mai, il y pleut plus souvent qu’il ne fait très chaud – ça dépend des années mais ils ont même mis un toit parce qu’il pleut souvent – parce que faire courir ces grands champions très entraînés pendant 5h, ça ne se fait pas en plein été, on ne fait pas le tournoi mi-août. Aux États-Unis, ça se fait fin août le master de New-York, il y a souvent de la pluie, c’est des atmosphères qui sont beaucoup plus rafraîchies et c’est pas un hasard. Le sport quand il fait très chaud, les vrais sports, c’est à éviter. On n’en fait pas pendant la journée où il fait 35°.
BH : On a parlé de l’hydratation, des médicaments, du rafraîchissement et on a insisté sur le fait que c’est plus important encore que boire, je pense que le message est passé. On a parlé de la question des traitements antihypertenseurs et je parlerai un petit peu du traitement contre le diabète. On a parlé d’activité physique. On a oublié quelque chose, c’est l’alimentation. On a parlé un peu tout à l’heure du sel mais est-ce qu’il y a d’autres conseils ? Est-ce que vous recommandez de manger certains aliments ? C’est vrai que dans une période chaude on a plus envie de manger des fruits frais, de manger de la salade. Est-ce que c’est un bon réflexe ?
XG : On est régulé comme ça : quand il fait très chaud, on a moins faim et les grands repas très gras, très copieux, quand il fait très chaud et l’organisme n’en veut pas donc c’est une fausse question. Mais s’il y a des gens qui se disent il faut que je mange beaucoup parce qu’il fait très chaud non c’est pas du tout adapté et les crudités, tout ce qui contient beaucoup d’eau, c’est en fait des apports d’eau de manger des crudités. Je ne sais pas s’il y a vraiment des spécificités, il n’y a pas d’interdit.
BH : On dit que le concombre par exemple, la pastèque également, il n’y a que de l’eau.
XG : Les fruits d’une façon générale et les légumes. Tous ceux qui nous regardent qui ont un petit potager le savent bien : si on n’arrose pas, on n’a pas de concombre, pas de courgettes, pas de tomates.
BH : Concernant le diabète, puisqu’il y a quand même 5 % de la population qui présente un diabète, il n’y a pas de spécificité en dehors du fait que le fait qu’il fasse chaud va justement modifier nos habitudes : on va faire moins d’activité physique, donc le diabète risque de monter un petit peu, on va manger différemment, certains vont avoir tendance à boire des jus de fruit et ce n’est pas un bon réflexe parce que quand on boit des jus de fruits, c’est vrai que c’est agréable, on ne veut pas vous interdire de boire un bon jus de fruit frais, mais c’est du fructose et le fructose c’est du sucre et le sucre fait monter le diabète et ça va pas forcément être favorable pour lutter contre la déshydratation.
XG : Le sucre des fruits, c’est le fructose. Vous le savez parce que vous êtes un universitaire et les recherches en diabétologie ont un modèle expérimental qui consiste à nourrir des petits animaux, des petits rongeurs, avec du fructose pour déclencher chez eux du foie gras, un diabète, expliquez-nous pourquoi ?
BH: Le fructose, qu’il vienne des fruits, ou qu’il vienne des sucres « modernes » comme le sucre de coco, le sirop d’agave, vous le savez ça fait peu monter la glycémie, c’est vrai ça a un index glycémique plus faible mais paradoxalement c’est un sucre qui n’est pas utilisé de la même manière que le saccarose, qui est le sucre de table, le sucre blanc, et il a tendance à faire fabriquer du gras au niveau du foie, du ventre, de l’organisme, voilà pourquoi on n’arrête pas de dire que c’est pas du tout une bonne idée de remplacer le saccarose par le fructose de manière générale. Et l’excès de fruits, manger trop de fruits, ça conduit à un excès d’apport de fructose. C’est pour ça qu’on en est arrivé à parler de ça, parce que le jus de fruit l’été est un faux ami. Si vous êtes diabétique, en soi les traitements ont éventuellement à être modifiés, à être adaptés si vous réduisez beaucoup l’activité physique, si vous êtes amenés à consommer plus de sucre, plus d’aliments sucrés, plus de jus de fruits, etc, mais dans les autres situations, il n’y a pas lieu d’adapter votre traitement.
XG : Autant pour certains médicaments de la tension, on dit de les arrêter temporairement. Est-ce que votre conseil c’est que pour certains médicaments du diabète il faut les augmenter ?
BH : Ça dépend vraiment de la glycémie et c’est pour ça que pour les personnes qui ont un diabète qui est bien contrôlé de base, avec un médicament, deux médicaments, il ne va rien se passer de méchant pendant cette période. Pour les personnes en revanche qui sont traitées par insuline, c’est là effectivement que les contrôles doivent être un petit peu plus fréquents, si vous n’en faites pas tous les jours, peut-être faites-en un peu plus souvent tous les jours pour pouvoir adapter votre traitement par insuline. Pour les traitements par les gliflozines, les nouveaux médicaments à la fois pour le diabète, pour le rein et pour le cœur qui ont un effet diurétique, qu’est-ce que vous dites à vos patients ?
XG : Tout ce que j’ai dit tout à l’heure concernant les diurétiques ! Pour moi les gliflozines c’est des petits diurétiques donc c’est exactement la même situation : vous êtes fatigué, vous êtes en insuffisance cardiaque, vous êtes un patient à risque, vous avez la gliflozine, vous avez le vertige… prenez votre tension et si votre tension est trop basse alors vous arrêtez la gliflozine le temps de.
BH : C’est une suspension ! On va parler de l’exposition au soleil, on rappelle évidemment d’éviter le soleil, enfin l’exposition entre 11h et 15-16h.
XG : C’est même pas ça, à 16h on peut être encore, si on est à l’ouest, en plein soleil donc non il faut vraiment se protéger du soleil. Quand il fait chaud, il ne faut pas être dehors, il faut être à l’ombre.
BH : Coup de chaleur et aphasie transitoire, chez une personne très âgée, est-ce qu’on peut prévenir ce problème ?
XG : Vous avez invité plusieurs fois notre collègue, le Pr Amarenco, qui a parlé des AVC. Une aphasie transitoire c’est un AVC, donc un accident vasculaire cérébral. Si une personne très âgée fait un AVC que ça soit lié à la chaleur ou pas, elle a surtout fait un AVC et donc il faut faire le bilan. Et la chaleur, moi je compare vraiment ce grand traumatisme que nous avons eu en 2003 avec cette première vague de chaleur qui a tué autant de gens avec la covid. Vous savez ça a tué les mêmes personnes, les gens fragiles, les gens âgés, et on essaie de trouver des moyens pour éviter que ça se reproduise et je dirais qu’on y est arrivé pour toutes les autres vagues de chaleur, toutes les canicules depuis maintenant 20 ans. Il n’y a plus tous ces morts – pas parce qu’on les a fait boire – mais parce qu’on a mis les gens les plus fragiles dans des pièces froides, on a fait attention à leur apporter de l’eau normalement, à se nourrir normalement, à se cacher du soleil et les petits éléments qui restent c’est les gens qui ne réfléchissent pas : on ne va pas à midi fait du sport parce que c’est les vacances, non on se planque, ou alors on va faire de la natation, on ne va pas faire une partie de tennis, on va jouer aux boules parce que aux boules, on est protégé… c’est du bon sens et ça a marché. Pour la covid, ça a tué aussi des gens âgés mais pas tout à fait les mêmes d’ailleurs. En regardant les chiffres, la covid a tué surtout des gens âgés et des hommes alors que la canicule ça tue les femmes parce que quand on est âgé et qu’on est une femme, on a le plus souvent des maladies cardio-vasculaires et ces maladies cardio-vasculaires sont soignées avec les médicaments, or les femmes suivent bien les consignes, elles ont bu beaucoup et boire beaucoup les a tuées, c’est terrible !
BH : On va terminer avec des conseils classiques mais c’est toujours bon de rappeler, on a parlé de l’exposition au soleil en particulier aux heures les plus chaudes, se couvrir la tête, les bras, tout le corps, de la crème solaire, même d’ailleurs quand il ne fait pas si chaud que ça. Et la chaleur n’est pas l’indicateur le plus fiable de l’exposition aux rayons UV, d’où l’importance de protéger sa peau, en premier lieu par un chapeau à bords larges.
XG : On voit beaucoup de cancer du dessus de l’oreille actuellement et la casquette ne suffit pas, quand on a une activité extérieure sous le grand soleil, il faut avoir un chapeau à bords larges et si possible même avoir une protection sur la nuque. On a eu beaucoup de cas, c’est tout bête mais ça permet de protéger sa peau.
BH : Dernière question : le problème de l’hydrocution avec l’eau. Il fait chaud, on a envie de se rafraîchir, on va rapidement dans l’eau. J’ai entendu dire qu’il y avait beaucoup de fake là-dessus ?
XG : Il suffit d’aller sur les plages à l’heure du déjeuner pour voir que le secouriste il sort, pour des gens qui rentrent dans l’eau et qui font ce qu’on appelle un malaise vagal, on sait tout à fait maintenant que c’est un malaise vagal ou un malaise cardiologique. On avait fait cette vidéo au moment de l’hiver où j’avais expliqué que quand on mettait les mains dans l’eau froide, on augmentait la pression artérielle, c’était un test physiologique mais on spasme aussi ses artères du cœur. C’est des gens le plus souvent âgés d’ailleurs, de plus de 60 ans, qui rentrent dans l’eau brutalement, qui font ce coup de froid et ce réflexe, et qui malheureusement font l’arrêt cardiorespiratoire, donc si on n’est pas là tout de suite pour les réanimer, ils se noient.
BH : C’est à tout âge ou c’est chez les gens que vous dites fragiles ?
XG : C’est quand même à tout âge le malaise vagal mais pour faire le spasme des artères coronaires il faut déjà avoir un certain âge. On en voit de plus en plus malheureusement des spasmes des artères coronaires, je me permets d’aborder ce problème, dont on ne parle jamais, qui est chez les cocaïnomanes, chez les toxicomanes : on voit de plus en plus de formes de maladies cardiaques chez des gens jeunes, de douleurs thoraciques après la consommation de drogues. Donc disons-le : il fait très chaud, on ne consomme pas de drogue ! Désolé de vous le dire, enfin sauf si vous voulez mourir…
BH : On aime le professeur Girerd pour son franc-parler !
XG : Je suis médecin, j’essaie de protéger la santé de mes patients.
BH : On espère qu’on vous a donné des conseils qui vous seront bien utiles au cours des prochains jours et des prochaines semaines.
A regarder :
Comment gérer les périodes de forte chaleur et de canicule (Pr Xavier GIRERD et Pr Boris HANSEL)
En cas de canicule – les canicules deviennent plus fréquentes depuis quelques années – la question se pose de savoir : faut-il maintenir mon traitement ?
Il faut savoir quel type de traitement on a. Si on a un traitement qui contient un diurétique – c’est marqué sur la boîte, ça s’appelle hydrochlorothiazide, indapamide (e patient demande à son médecin s’il a un diurétique).
Le diurétique en cas de canicule doit plutôt être arrêté, le temps où la canicule est là, 3, 4, 5, 10 jours : on ne prend plus de diurétique parce qu’il va favoriser non pas la déshydratation mais un trouble très particulier qui s’appelle la baisse du sodium : l’hyponatrémie.
L’hyponatrémie est un élément très complexe en médecine, en physiologie médicale. En revanche, il y a un élément qui favorise l’hyponatrémie, c’est les boissons abondantes, et quand il fait chaud les messages de santé publique c’est de dire : buvez ! Les gens boivent et ils font baisser le sodium qu’ils ont dans le sang. Cette baisse de sodium – quand on a moins de 130 de sodium dans le sang – on est dans le coma, on en meurt.
En 2003, pendant la canicule qui s’est abattue en France, la cause de la mortalité des gens âgés a été l’hyponatrémie liée à l’hyper hydratation. Les gens avaient bien bu mais ils n’avaient pas arrêté leur traitement diurétique et c’est ça qui les a malheureusement tués.
Il faut arrêter le diurétique en cas de canicule, c’est-à-dire plus de 40 degrés. Plus de 40 degrés : on ne prend pas son diurétique et puis dès qu’il fait moins de 40 degrés : on reprend le diurétique.
Pr Xavier Girerd : Qu’est-ce qu’en pense le néphrologue : les gens qui ont des médicaments diurétiques sur leur ordonnance, IEC, sartan, s’il fait plus de 30° pendant plus de 3 jours et plus de 25° la nuit, est-ce qu’ils doivent interrompre leur traitement ?
Dr Sébastien Rubin : Dans la situation où les médicaments qui sont de deux types, soit les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, les sartans, et les bloqueurs du système rénine ou les diurétiques, ont été donnés dans la seule indication de l’hypertension artérielle tout venante, c’est d’interrompre spontanément les trois classes de médicaments qui sont les diurétiques et dans les diurétiques j’ai introduit la spironolactone, ou les bloqueurs du système rénine angiotensine, en cas d’épisode caniculaire pendant quelques jours et de les reprendre spontanément après l’épisode caniculaire. Les deux grosses situations c’est l’insuffisance cardiaque évolutive avec des patients qui ont fait de la décompensation cardiaque, etc, et qui ont besoin de cette pression, cette dose de diurétique, ou les patients qui ont une maladie rénale chronique avancée pour lesquels les diurétiques sont important s’ils ont un trouble de l’excrétion du sel rénal, d’excrétion urinaire de sel, chez ces patients, je ne leur apprends pas à arrêter le médicament puisque je leur dis dans ce cas-là de le conserver, éventuellement de baisser la dose, mais en tout cas de se rapprocher du médecin qui les suit puisque ces patients, qui ont des indications particulières, ont des médicaments importants soit pour leur atteinte cardiaque soit pour leur atteinte rénale.
XG : Est-ce que le critère de température est un critère suffisant ou pas ?
SR : Quand on a une pression diurétique, on a un trouble de l’excrétion du sel et la dépendance aux diurétiques elle n’est pas uniquement due aux apports sodés, ou ce qu’on appelle nous les pertes intensives, c’est la transpiration due aux grandes chaleurs, elle est aussi due beaucoup à l’alimentation sodée que l’on apporte, etc. Donc en fait, la situation de baisser la dose ou d’adapter va pas être dépendante uniquement de la température mais des habitudes du patient, que l’on connaît.
XG : Si on est un médecin et qu’on voit à sa consultation un patient qui est ce patient fragile parce que avec une atteinte rénale, cardiaque, je ne sais quoi, est-ce qu’on fait un examen de type biologique avant de prendre la décision d’arrêter ou pas ? Est-on fait une créatinine, un hématocrite, un iono, une natrémie ?
SR : Non, on fait un examen clinique, c’est-à-dire que chez ce type de patient, dans des épisodes très élevés, s’il y a plus de signe d’inflation hydrosodée, il n’y a pas d’œdèmes, de surcharge, ça peut suffire pour conseiller la baisse de la dose.
XG : Est-ce que le niveau tensionnel est, pour vous, à la consultation un critère d’arrêt des traitements ou pas ? Les patients disent ma tension est basse, est-ce que ça vous ça vous pousse à arrêter ou ça n’a pas d’importance ?
SR : Si c’est dans l’hypertension tout venant, le patient qui a ce type de médicament diurétique ou bloqueur du système rénine, qui est en épisode de canicule et qui rapporte spontanément que sa tension est basse, évidemment c’est un critère très fort et suffisant pour faire arrêter la pression diurétique ou les bloqueurs du système rénine pendant l’épisode de grande chaleur.
XG : Si le patient a l’insuffisance rénale connue, est-ce que vous faites une créatinine pour prendre cette décision d’arrêter les traitements ou de les suspendre ou pas ?
SR : Dans cette situation ponctuelle de quelques jours etc, ce qui compte c’est l’état clinique du patient donc moi non. Et même c’est une situation que l’on peut faire par téléphone ou en téléconsultation, on n’a pas besoin d’un examen biologique pour le conseil de l’adaptation de ces médicaments pour quelques jours dans les épisodes caniculaires.
XG : Quel sera le critère au téléphone ? Est-ce que vous avez pris du poids ou perdu du poids ?
SR : C’est exactement ça. Ça sera trois choses, ça sera les pressions artérielles du patient qu’il va nous rapporter, sa perte de poids parce que c’est l’examen le plus fiable pour évaluer l’état d’hydratation sur quelques jours.
XG : Le delta en poids, et c’est quoi : 2-3 kg ?
SR : ça dépend vraiment du patient, c’est-à-dire que c’est pas pareil de perdre 1 kilo quand on en fait 40 que d’en perdre un quand on en fait 110. Donc ça c’est très variable mais effectivement un patient qui a des tensions basses et qui a perdu 2 kg, c’est un patient avec qui on va faire baisser la pression diurétique. A contrario, un patient qui garde des tensions élevées, qui a un poids parfaitement stable et qui a des indications diurétiques ou bloqueur du système rénine dans l’indication insuffisance rénale chronique par exemple, ça ce patient ne va pas interrompre.
XG : Est-ce que le vertige c’est pour vous un signe pertinent ou pas ? Le pseudo vertige c’est-à-dire la tête qui tourne un peu.
SR : Il le sera si le patient, enfin quand je vais lui poser la question, va verbaliser que cette situation vertigineuse apparaît à la mise en position debout, c’est-à-dire lorsqu’il se relève. Si c’est un vertige, un malaise un peu généralisé, c’est très aspécifique comme symptôme. Par contre, s’il y a vraiment une sensation vertigineuse au lever, le patient le décrit bien, ou quand il se baisse et qu’il se relève, alors là clairement oui ça fait très hypotension orthostatique et là c’est un critère de baisse de traitement.