Février 2026
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BH : Professeur Xavier Girerd. Vous êtes cardiologue, hypertensiologue et il faut dire la vérité, vous m’avez appris quelque chose, c’est que les artères vieillissent avec le temps. Alors, elles ont un âge qui n’est pas inscrit sur notre carte d’identité parce qu’elles peuvent être plus âgées ou plus jeunes que nous. Alors, dites-nous, est-ce qu’on peut aujourd’hui évaluer l’âge de nos artères ?
XG : La réponse est oui, Boris, grâce à une méthode qui s’appelle la mesure de la vitesse de l’onde de pouls. Ce n’est pas très beau mais ça marche très bien et ça permet effectivement d’estimer l’âge de ses artères ou l’âge des artères des gens qui vous sont confiés quand vous êtes médecin.
BH : On va vous expliquer ce que c’est que cette méthode mais on va aussi vous donner des méthodes grand public accessibles à toutes et à tous, pour évaluer l’âge et même le visage de vos artères. On va parler de nos artères. Alors nos artères, ce sont d’abord des tuyaux. Bon, des tuyaux qui transportent le sang du cœur vers les organes et ces tuyaux, comme tous les organes, peuvent vieillir et il paraît que déjà ces artères-là sont pas toutes jeunes.
XG : Alors, effectivement, une artère c’est un tuyau. D’abord, il y en a beaucoup, il y a plusieurs dizaines de kilomètres d’artères. Alors, elles ont différentes tailles, les grosses, les petites, les très petites. Tout ça est très bien étudié depuis très longtemps. Et dans les études qu’on a pu faire depuis très longtemps, on sait que l’artère n’est pas uniquement un tuyau. C’est en fait une structure qui a des tas de propriétés dont celle-ci : la souplesse, c’est-à-dire que quand le sang rentre dans l’artère, il déforme l’artère. Voilà cette image de la baudruche. Alors effectivement la paroi va changer avec le temps et devenir de plus en plus rigide, c’est ce qu’on appelle la rigidification des artères. On a mis au point des outils qui permettent d’évaluer cette rigidité, qui est le reflet de l’âge des artères.
BH : Regardez ce schéma qui montre l’aspect des artères en fonction de l’âge : 50 ans, 60 ans, 65 ans. Décrivez-nous nous ce qu’on peut voir sur ces coupes d’artères.
XG : Ce que l’on sait c’est que l’artère change avec le temps, avec deux maladies essentielles. Une maladie très connue des auditeurs de Pums qui s’appelle l’athérosclérose, les dépôts du cholestérol dans la paroi dite « paroi interne », l’intima des artères. Mais il y a aussi la paroi externe qui fait la rigidité de l’artère. Cette paroi change avec le temps, elle s’épaissit et s’allonge. Une artère de quelqu’un de 65 ans, il y aura de l’athérosclérose peut-être, mais surtout elle va devenir tortueuse, elle va devenir plus grande et plus épaisse. Et le signe que l’on a de tout cela, le premier signe c’est l’hypertension. Quand l’artère vieillit, la tension change.
BH : L’artère vieillit parce qu’elle devient plus sinueuse, elle devient plus épaisse ici au niveau du muscle et ça s’aggrave avec le temps. Alors, c’est indépendant de ce dépôt jaune qui est l’athérosclérose, c’est autre chose ?
XG : Voilà, c’est deux maladies qui peuvent évoluer en parallèle où il y a des gens qui n’ont que l’athérosclérose et l’autre qui est l’artériosclérose, c’est presque le même nom en plus, donc beaucoup de médecins même confondent ces deux maladies mais les spécialistes des artères savent qu’il y a des maladies de la paroi et puis il y a les maladies de la couche interne.
BH : Qui vont expliquer donc les mesures de l’âge artériel. Alors le vieillissement des artères, il est inexorable. On ne peut rien faire contre l’horloge. Le temps passe et nos artères vont vieillir. Mais ce vieillissement peut être accéléré par quatre grands facteurs, quatre grands accélérateurs.
XG : Il y a quatre grands accélérateurs qui sont la pression artérielle, le tabagisme, le diabète, le cholestérol. J’aimerais quand même dire qu’il y en a un 5e dont vous ne parlez pas, qui est la génétique. Il y a des gens, il y a des familles qui vieillissent plus tôt que les autres leur système artériel, qui font donc plus tôt que les autres les maladies du système artériel, qui sont en premier lieu les maladies cardio-vasculaires mais aussi l’AVC, mais aussi les maladies rénales. On ne peut pas retarder, on peut accélérer. Est-ce qu’on est capable de jouer sur ces facteurs ? Oui, et c’est tout l’objectif de la médecine de prévention : dépister ces accélérateurs pour essayer de bloquer. On ne peut pas retourner en arrière, mais on peut essayer de bloquer l’évolution.
BH : Donc on peut moins vieillir, en tout cas au niveau de ses artères, vieillir plus lentement si on agit sur ces quatre facteurs. La génétique pour le moment c’est un 5e facteur mais on n’a pas de thérapie génique pour bloquer le vieillissement lié à la génétique ?
XG : On ne les a pas aujourd’hui mais peut-être que dans quelques décennies, on aura un nouvel épisode.
BH : Pour mesurer l’âge de nos artères, on a des méthodes. La question est de savoir est-ce que au-delà de se dire « Ouais, toi tu as quel âge, tes artères ont quel âge ? » et de s’amuser un petit peu entre nous, de savoir qui a les meilleures artères, est-ce que ça sert à quelque chose ? La littérature scientifique semble dire que mesurer l’âge artériel, ça permet vraiment de prédire le risque cardio-vasculaire. Notamment une étude de l’université espagnole de Castilla-La Mancha. Qu’est-ce que vous pensez de de cette étude ?
XG : Cette étude est une étude qui compile toutes les données de la littérature médicale et scientifique depuis 50 ans. J’ai fait partie d’une équipe où mon patron était le grand pape de cette histoire- là. Ça fait très longtemps que je travaille sur ces méthodes-là, mais il y a eu des dizaines d’études qui ont toutes dit la même chose. C’est-à-dire que les gens qui, à un âge donné, ont perdu de la souplesse de leurs artères parce que le paramètre, ça reste la souplesse, et on va dire le nom en anglais compliance, compliance en français ou distancibilité. C’est des paramètres qu’on sait très bien mesurer et on peut, à partir de cette mesure, avoir l’estimation de l’âge artériel et il n’y a pas de doute : si, à 50 ans, on a 60 ans d’âge artériel, ça veut dire qu’on est plus près de faire les maladies des gens habituellement à 60 ans. Et on le sait, plus on vieillit, plus on a la malchance d’être malade tout de même.
BH : Pour donner une idée de cette capacité de nos artères à se distendre, à résister : quand vous étiez jeune étudiant, vous avez essayé de faire éclater des artères et vous n’avez pas réussi.
XG : Effectivement, je vous ai raconté cette petite histoire. C’était mon travail de thèse de sciences où je prenais des artères humaines, qui étaient des artères radiales, du poignet, qui étaient des morceaux qu’on utilisait pour faire des pontages cardiaques. C’était une collaboration avec des chirurgiens cardiaques et globalement je gonflais ces artères avec un système jusqu’à des pressions très élevées, 300 de pression artérielle et jamais j’ai réussi à faire exploser cette artère. C’était les liens qui sautaient, en fait l’artère c’est extrêmement solide et capable de se distendre, sauf quand même peut-être il y a des maladies où génétiquement, là aussi, on a une faiblesse de l’artère, ces fameuses maladies anévrismes.
BH : On en a parlé dans une émission dédiée aux artères et au fonctionnement incroyable de nos artères qui ne sont pas de simples tuyaux. Donc on voit que c’est utile finalement de mesurer l’âge artériel. On va voir maintenant comment on fait. Il y a une technique accessible, c’est un calculateur en ligne. Alors, il y en a plusieurs. Celui qui est peut-être le plus complet, le plus moderne, c’est ce qu’on appelle le QRisk3 parce qu’il y avait le 1, il y avait le 2, il y avait le 3. Donc, on met différents paramètres, l’âge, le sexe. Il y a des informations médicales aussi, Professeur Girerd ?
XG : Il y a des informations très médicales. Ce calculateur a été mis au point par les Britanniques sur une énorme population d’un million de personnes qui ont été suivies pendant plusieurs années pour comprendre le risque qu’on avait quand on avait certaines anomalies. Et la liste est longue. Ça veut dire qu’il y a beaucoup d’autres accélérateurs du vieillissement. Et il y en a de très étonnants parce que, les médecins le savaient, mais par exemple avoir une maladie psychiatrique. Avoir une maladie psychiatrique, c’est un facteur qui va accélérer l’apparition des ennuis cardiovasculaires.
BH : Alors, on met le poids, on met la taille également et vous allez voir, on appuie sur « entrée ». Alors, on va voir le résultat. Ici, on a un risque à 10 ans de 7,7 %. C’est le risque de faire un événement cardio-vasculaire majeur : attaque cardiaque, attaque cérébrale, et puis on a une estimation de l’âge artériel : 59 ans. Et tout à l’heure on avait entré l’âge réel : 50 ans. Ça veut dire que, avec les données qu’on a mentionnées ici, les artères ont 9 années de plus que notre âge chronologique. C’est le médecin qui remplit ce questionnaire ?
XG : Oui, c’est assez complexe de remplir ce questionnaire.
BH : Et vous avez développé avec la Fondation Hypertension une technique assez similaire. C’est facile, c’est grand public, vous pouvez accéder simplement en scannant le QR code. Et ce qui est extraordinaire, je l’ai testé tout à l’heure, c’est que non seulement on va avoir une idée de son âge artériel, mais on va aussi avoir le visage de nos artères, le visage qu’on aurait si on avait l’âge de nos artères.
XG : Oui, c’est une petite astuce utilisée grâce à l’IA qui, vous savez, peut transformer le visage de quelqu’un. Mais l’élément important c’est que ce calculateur c’est un calculateur qui est très utile pour trouver une motivation parce que on n’est jamais très content de trouver des accélérateurs, lorsqu’on fait un dépistage. D’ailleurs, beaucoup de gens ne veulent même pas aller faire le dépistage, ils ne veulent pas savoir. C’est la théorie de l’autruche. Pourtant, ça c’est motivant parce que si vous avez les artères qui ont 10 ans de plus ou 5 ans de plus ou quand parfois vous êtes juste à l’âge parce que la majorité des gens sont quand même à l’âge et bien vous allez trouver une motivation pour continuer vos bonnes pratiques de prévention ou au contraire pour réellement vous motiver pour pouvoir le faire. C’est le but de la motivation.
BH : Donc ça ce sont des calculs, avec des calculateurs. Maintenant revenons à la technique que vous mentionniez tout à l’heure, qui est une technique de référence : la mesure de la vitesse de l’onde de pouls, VOP. Ça peut se mesurer avec plusieurs appareils. Un d’entre eux utilise des brassards de couleur. Alors on va vous montrer parce que je me suis prêté au jeu. On a mesuré ma vitesse d’onde de pouls. Expliquez-nous ce qu’on fait et ce que ça mesure ?
XG : Alors cette vitesse d’onde de pouls, en anglais c’est pulse wave velocity, PWV. Il faut absolument pouvoir calculer le temps que met la pression pour aller du cœur vers la périphérie et de ce fait on peut installer sur les vêtements – il n’y a pas besoin de se déshabiller – ces brassards de couleur : on en a deux sur les membres supérieurs et deux sur les membres inférieurs. Puis après on appuie sur la technologie. C’est sans fil, c’est vraiment une technologie extrêmement simple. Moi, j’utilise cela à ma consultation, sans l’aide d’une infirmière, sans personne et en 30 secondes à peu près et bien vous voyez la pulsation des artères et vous avez le calcul de votre pression artérielle, si les artères sont bouchées, pas bouchées. Moi, ça a complètement transformé ma pratique professionnelle en apportant à la consultation un résultat très utile pour pouvoir me convaincre, moi, qu’il faut vraiment essayer de convaincre le patient de changer ses habitudes alimentaires, de faire attention à sa pression artérielle, de soigner l’hypertension ou le cholestérol, quand on a des gens qui ont 15 ans de plus que l’âge de leurs artères.
BH : Alors, il y a d’autres examens mais qui permettent davantage d’évaluer le développement des plaques d’athérosclérose comme les écho-dopplers artériels, comme des scanners du cœur.
XG : C’est un autre sujet, ça regarde s’il y a déjà la maladie mais non là ça regarde ce trouble très précoce qui est celui de la perte de souplesse des artères.
BH : Ce sont des matériels professionnels, ça coûte plusieurs milliers d’euros. Je voudrais vous faire réagir sur ce qui est proposé.
XG : Il n’y a pas que celui-là, il y en a d’autres, celui-là vient du centre de l’Europe. Il y en a des français. La France a été très dynamique dans cette recherche, ce développement de technologie. Ça fait partie de la high-tech, du numérique qui peut peut-être changer complètement la donne en prévention cardio-vasculaire.
BH : Donc ça c’est le dispositif professionnel. Qu’est-ce que vous pensez de ce qu’on nous propose ici ? Une célèbre marque d’objets connectés qui nous dit c’est la première balance qui vous permet de mesurer l’âge de vos artères. Ça c’est pour motiver tout le monde à acheter des balances, pour mesurer la masse grasse, maintenant pour mesurer l’élasticité de vos artères. Qu’est-ce que vous en pensez ?
XG : C’est un constructeur français donc c’est très bien. Mais moi je suis pas du tout convaincu. Il y a des travaux scientifiques qui mesurent quelque chose qui a un intérêt mais je pense qu’il ne faut pas investir là-dedans. C’était très précurseur mais il y a beaucoup mieux maintenant.
BH : Il y a aussi des brassards à tension, justement mesurer sa tension artérielle dans une autre émission, on expliquait l’intérêt des brassards de mesure automatisés. Il y en a certains qui nous proposent aussi de mesurer l’élasticité des artères.
XG : Je découvre l’article, il est malheureusement épuisé ! Bonne nouvelle parce que je vois aussi l’image : pour moi très honnêtement cet article il est à jeter aux toilettes, c’est une image de lunette des cabinets ! Non surtout à 149 €, c’est un gadget ça.
BH : Donc on reste sur des mesures faites avec le médecin, des calculateurs de risque qui sont une bonne méthode pour se rendre compte de la situation et puis la surveillance de ces facteurs de risque cardio-vasculaire.
Les modifications habituellement observées sont la conséquence de l’athérosclérose (dépôts lipidiques au niveau de l’intima, formation de plaques d’athérome molles et fibreuses, calcifications, remodelage de la media, réduction de la lumière artérielle). L’athérosclérose débute entre 20 et 30 ans et se complique de thrombose artérielle entre 50 et 80 ans.
Le tabagisme, les dyslipidémie, le diabète, l’hypertension artérielle, les facteurs génétiques accélèrent le développement de l’athérosclérose.
L’artériosclérose est une maladie de la media qui s’associe à des dépôts de fibres de collagène et à la rupture des fibres élastiques. La cause principale de l’artériosclérose est le vieillissement. L’hypertension artérielle accélère le développement de l’artériosclérose.
L’artériosclérose est détectable à partir de l’âge de 60 ans.
Les conséquences du vieillissement sur les artères de type « élastiques » sont :
Il a été mis au point par la Fondation Hypertension en collaboration avec la société Qualit.ai
Il est basé sur les travaux du UK National Health Service publiés dans le British Medical Journal :
Pour confirmer l’Age des Artères il faut réaliser une mesure de la Pulse Wave Velocity (Vitesse de l’Onde de Pouls).
Des appareillages non invasifs permettent la mesure en moins de 3 minutes de la PVW : Popmetre, MESI