L’exploration de la pression artérielle nocturne a connu un tournant technologique majeur avec l’émergence de nouveaux dispositifs d’automesure, d’une part les bracelets connectés sans brassard (cuffless), et d’autre part les tensiomètres de poignet spécifiquement conçus pour la nuit. Au cœur des discussions du Think Tank Hypertension France, l’évaluation de la fiabilité de ces outils — notamment le bracelet Hilo (anciennement Aktiia) et l’appareil Omron Night View — suscite à la fois des réserves méthodologiques et des perspectives d’avenir très prometteuses.
Commercialisé en Europe depuis 2021 et introduit aux États-Unis à l’été 2026, le bracelet Hilo (anciennement Aktiia) apporte un espoir extraordinaire pour la mesure nocturne. Ne comportant pas de brassard, il ne se gonfle pas, n’émet pas de bruit et ne perturbe pas le sommeil du patient.
Cependant, sa fiabilité a longtemps été contestée par les autorités de santé européennes et américaines. Comme le rappelle le professeur Atul Pathak, les appareils basés sur la photopléthysmographie (PPG) mesurent des signaux qui s’écrasent naturellement lorsque la pression artérielle baisse la nuit. Les comparaisons menées par le professeur Stergiou avec la MAPA traditionnelle ont mis en évidence un décalage important, entraînant une perte de qualité et de quantité de signal. Pour cette raison, les recommandations d’experts proscrivent encore l’utilisation de ces appareils à des fins diagnostiques ou thérapeutiques, bien qu’ils puissent motiver le patient.
Pourtant, les travaux conduits sous l’égide du Think Tank apportent une nuance capitale soulignée par le professeur Xavier Girerd : le Hilo est fiable à de strictes conditions. Il fournit des calculs de pression tout à fait exacts chez les sujets disposant d’artères souples (généralement jeunes et non hypertendus, l’âge et l’hypertension rigidifiant les artères), à condition d’avoir été calibré avec le tensiomètre d’automesure fourni, de préférence le soir pendant la période de pré-sommeil (moment de calme et de repos le plus proche de la pression nocturne). Cette certitude est acquise lorsque la pression pulsée de la période de pré-sommeil est inférieure à 40. En revanche, son utilisation chez les patients hypertendus avérés nécessitera des adaptations algorithmiques et mathématiques fondées sur l’intelligence artificielle avant de pouvoir remplacer la MAPA.
Face aux limites des bracelets PPG pour la quantification précise, l’autre avancée majeure réside dans l’utilisation du tensiomètre de poignet Omron Night View. Déjà commercialisé depuis plus de dix ans au Japon et introduit plus récemment en Europe, cet appareil est salué comme une véritable révolution pour l’exploration du sommeil.
Ses atouts techniques répondent directement aux écueils de la MAPA classique : il fonctionne dans un silence absolu et exerce une compression de poignet très modérée et intelligente, s’ajustant automatiquement jusqu’à atteindre la pression d’occlusion. Le patient peut ainsi dormir avec l’appareil sans ressentir les insufflations. L’appareil réalise automatiquement trois mesures par nuit. Pour garantir une rigueur métrologique suffisante, les experts suggèrent d’intensifier le protocole — à l’image d’une règle de type « 3×3 » nocturne cumulant neuf mesures sur plusieurs nuits — afin d’obtenir une photographie précise de la pression nocturne et d’envisager, à terme, un remplacement avantageux de la MAPA.