Pr Girerd : Je voudrais aujourd’hui avoir un entretien avec vous sur une thématique qui est une thématique très galvaudée, dont tout le monde a entendu parler, mais qu’on puisse peut-être donner notre point de vue, qui est notre point de vue d’expert : celui de la prévention, celui du dépistage des maladies cardio-vasculaires. Je vais tout de suite vous vous poser directement : pour moi la prévention, il y a plusieurs sortes de prévention. Il y a la prévention primaire. La prévention primaire, c’est même appelé par l’OMS la prévention primordiale, c’est-à-dire ce qu’on fait pour éviter d’être éventuellement malade. Mais c’est des actions dont le bénéfice est tout à fait hypothétique. Et puis il y a la prévention secondaire, c’est quand on a une maladie, par exemple, quand on est déjà avec le diagnostic de l’hypertension, on n’est plus en prévention primordiale. On doit faire des choses très spécifiques du traitement de l’hypertension artérielle, en particulier utiliser des médicaments. Après, il y a la prévention tertiaire, c’est quand on a fait une complication de la maladie, on a fait l’infarctus, l’insuffisance cardiaque, l’AVC, on ne laisse pas tomber les gens, on va agir et il y a un grand bénéfice à encore agir mais c’est déjà tard. Et puis la prévention quaternaire, où l’on sait que les traitements peuvent rendre malades. Par exemple, le sport, est-ce que le sport c’est toujours sans risque ? Pas du tout. Il y a des médecins du sport. Et pourquoi il y a une médecine du sport ? C’est pour guérir des complications du sport, un traitement qui est proposé dans la prévention. Qu’en pensez-vous, professeur Pathak ? Vous êtes d’accord avec ces définitions ?
Pr Pathak : Oui, je crois de façon simple, prévention primaire : je ne suis pas malade. Prévention secondaire : je suis malade. Prévention tertiaire : j’ai une maladie chronique installée. Prévention quaternaire : je suis au-delà du traitement curatif, c’est ce qu’on appelle aussi communément les soins palliatifs. Bon, ça c’est le schéma classique.
XG : Est-ce que vous pourriez positionner : quand on a une hypertension artérielle diagnostiquée, on est à quel stade de la prévention ?
AP : On est au stade de la prévention primaire, c’est-à-dire qu’on a pas fait de complication.
XG : Je ne suis pas d’accord avec vous. Je ne suis pas d’accord avec vous parce que c’est l’OMS qui le dit. Moi, j’ai été surpris par cela, quand l’OMS a fait cette classification il y a 5 ou 6 ans. C’est la prévention, quand on est au stade d’hypertension diagnostiquée, c’est la prévention secondaire. Parce qu’en fait, il y a déjà une maladie. On ne veut pas considérer que l’hypertension est une maladie, mais c’est une maladie et il faut la soigner avec des médicaments. C’est déjà trop tard d’éviter l’hypertension en faisant attention à sa consommation de sel. Qu’en pensez-vous ?
AP : Moi, je crois que de toute façon, le concept de prévention est erroné. Il n’y a pas de prévention primaire, secondaire, tertiaire, quaternaire puisque la maladie préexiste à un stade asymptomatique et qu’il faut toujours prévenir l’étape d’après. Et d’ailleurs, les études physiopathologiques ou épidémiologiques et même les recommandations suggèrent cela. C’est-à-dire que cette vision de créer un seuil entre une situation et une autre est une vision complètement erronée. C’est une vision certes épidémiologique, politique, aussi simplificatrice, mais dans les faits, on est apparemment sain. Cette définition-là, je vous l’accorde, c’est-à-dire on est apparemment sain, c’est-à-dire qu’on vous voit au cabinet, vous êtes apparemment sain. Mais en fait, ça ne veut pas dire que vous n’êtes pas malade.
XG : Alors, est-ce que vous seriez d’accord avec la reprise de cette formule que la vie est une maladie, sexuellement transmissible, toujours mortelle ? En fait, si on est en vie, on est déjà malade.
AP : On sait quand on naît, on ne sait pas quand on meurt. Et effectivement, la prévention, c’est peut-être de retarder l’échéance de la mort dans les situations ou dans la situation la plus agréable possible.
XG : C’est une très bonne transition avec un élément qui est en fait au fond de de notre métier, c’est de pouvoir reconnaître les sujets qui vont peut-être avoir une vie raccourcie par le handicap, la maladie associée à des éléments et puis qui vont peut-être avoir malheureusement la vie raccourcie. Donc reconnaître et bien on va on va faire un petit peu une liste, est-ce que d’abord vous êtes d’accord avec cette vision importante de d’essayer de de reconnaître ce qu’on appelle ces facteurs de risque ? Mais il y a les facteurs de risque dont on parle toujours et puis il y a des facteurs de risque peut-être qu’il faudrait un peu mettre à l’ombre et en pousser d’autres à la lumière. Est-ce que vous pourriez reformuler tout cela ?
AP : Oui, je crois que cette notion de dépistage ou de reconnaître des facteurs de risque toujours pour essayer d’éviter quelque chose et de bien vieillir ou de vieillir en bonne santé, si je puis dire. Cette vision je crois qu’il faut toujours y opposer l’approche individuelle et l’approche populationnelle. Et en fait c’est ce grand écart qu’on fait en permanence, c’est-à-dire que les instances, les sociétés savantes, les organismes nationaux, supranationaux, les politiques sont eux les acteurs du dépistage populationnel. Donc il y a une contrainte de nombre, il y a une contrainte économique, il y a une contrainte stratégique, il y a une contrainte de choix. Et nous, on est les garants du dépistage individuel, c’est-à-dire comment les données de la science sont personnalisées, sont précisées, c’est un terme que vous connaissez, que vous essayez de défendre : la médecine de précision. Comment on passe finalement de quelque chose de global à quelque chose d’individuel ? Et donc moi, je serais plutôt garant de ça, c’est-à-dire qu’est-ce qu’on doit dépister chez un individu donné ?
XG : Parfait, je vous remercie d’avoir créé ce vocable. Finalement, c’est vrai que la médecine de précision en hypertension, c’est vraiment quelque chose qui va se développer. Comment être plus précis ? Mais je pense qu’il y a une prévention de précision, qu’on doit en fait développer. Ce qu’on va essayer de faire, on va prendre les facteurs les uns derrière les autres. Alors à tout bien tout honneur, nous, nous sommes des spécialistes de l’hypertension artérielle : nous allons parler de la pression artérielle. Alors la pression artérielle dans ma vision, à la fin de ma carrière, je considère qu’en fait le chiffre le plus important à connaître, c’est la pression artelle systolique ou SYS, donnée par les tensiomètres automatiques. C’est, la pression artérielle diastolique, en fait pour uniquement calculer la fameuse pression pulsée. La différence entre la systolique et la diastolique, si cette pression pulsée est supérieure à 60-70, dit en millimètre de mercure, alors le risque de l’individu est très bien identifié. Donc c’est extrêmement simple à faire, c’est une prévention de précision. Mesurons la systolique et la diastolique et calculons la pression pulsée. Et on a une information extrêmement importante. Mais donc laissons tomber ces hypertensions uniquement de la diastolique. Ça n’a aucune importance. Pendant 100 ans, on a dit que ça avait de l’importance mais ayons le courage de dire que c’est fini maintenant. J’aimerais votre avis sur cette prise de position qui est très personnelle mais qui est partagée par beaucoup d’experts.
AP : Toujours le grand écart, la pression diastolique, c’était le critère qui permettait à un médicament d’être évalué, d’être approuvé par les instances de remboursement ou de régulation. Mais en pratique clinique, je là je suis complètement d’accord avec vous, je pense que même de façon très provoquante, la systolique, ça suffit. Alors bien sûr que la diastolique va apporter un niveau d’information supplémentaire, la pulsée aussi, la fréquence cardiaque également, on peut intégrer tout cela mais on est dans du dépistage de précision, on veut individualiser le risque. Alors si on doit transmettre un seul conseil, moi je vais même simplifier le propos, je dirais la systolique ça suffit.
XG : Un autre paramètre qui est d’abord difficile à utiliser : la notion des antécédents familiaux, personnels du patient. J’aimerais que l’on puisse peut-être faire partie des médecins préventologues, on va appeler ça comme ça, qui mettent en avant une méthodologie pour vraiment colliger ces informations et les colliger avec une orientation, un intérêt. C’est pas savoir quelle maladie ont eu les parents, c’est vraiment quelle maladie cardio-vasculaire ils ont eu en fonction de leur âge. J’aimerais par exemple vous dire ce que moi je fais. Si quelqu’un me dit : « Mon père ou ma mère ont eu une maladie avant 60 ans, une maladie du cœur », là tout s’allume au rouge. Ça veut dire qu’on a un élément très important de prévention à faire très précocement, parce que ces maladies peuvent correspondre à des troubles métaboliques, à des troubles de comportement. Mais voilà, si on a fait une maladie cardio-vasculaire avant 80 ans, oui, c’est d’une importance primordiale. C’est on n’a pas à faire un infarctus à 70 ans, un AVC à 70 ans. Et là, il y a souvent pour moi le fait que faire un AVC dans sa famille avant 80 ans, c’est que probablement il y a un problème d’hypertension artérielle sous-jacent. Et puis dernière chose, les familles où les gens, les parents, les grands-parents vivent très longtemps, plus de 90 ans. Il y en a beaucoup autour de nous maintenant, de plus en plus et bien, c’est un facteur de très fort de protection génétique. Et au fond, moi je m’arrête souvent là. Si votre père, votre mère, est toujours vivant et a plus de 90 ans, faites de la prévention primordiale, faites ce qu’il faut, ce qu’on dit à la télévision, mais ne vous embêtez pas, il ne va rien vous arriver. Il faut faire la même chose pour le cancer, parce qu’un cancer, les familles où il y a des cancers avant 50 ans, avant 60 ans, et bien c’est très important. Et moi, j’ai trois éléments pour le cancer : le sein, les familles où les mamans ont le cancer du sein, la grand-mère le cancer du sein, on sait qu’il y a un déterminisme génétique, il faut absolument faire le maximum. Les hommes, c’est la prostate. Quand il y a eu un cancer de la prostate avant 60 ans dans une famille, et bien il faut vraiment s’en inquiéter pour l’homme et faire du dépistage. Mais au-delà, ça n’a pas beaucoup d’importance. Et puis les cancers digestifs, coliques, il faut vraiment à l’interrogatoire, c’est tellement simple de dépister un polype en faisant une coloscopie qu’il faut le faire. Est-ce que vous avez la même attitude, la même stratification ?
AP : Moi je crois que tout ce qu’on est en train d’échanger, c’est ce que j’appelle la prévention au coup d’œil. C’est il y a quelqu’un qui passe le seuil de la porte et vous avez déjà, même sans l’interroger, une idée souvent juste. Alors, je vais donner deux exemples très concrets. On sait par exemple que les gens qui sont longilignes ont un risque de faire de la fibrillation atriale beaucoup plus important. Mais ça vous le voyez lorsque vous voyez quelqu’un rentrer dans votre cabinet qui est grand, fin, et bien vous savez que son risque de faire de la FA est très important. À l’inverse, je porte sur mon visage un autre risque. Je suis d’origine indienne. L’Inde, c’est le continent du diabète. Et bien, si quelqu’un d’origine indienne rentre dans mon cabinet, tout de suite, je vais me dire « lui, il est petit, il a peut-être une obésité abdominale, il est d’origine indienne, il y a de fortes chances qu’il ait du diabète », je vais allumer les fameux warnings rouges. Donc moi, je crois que c’est cette prévention-là. Alors, elle prend du temps, elle nécessite de l’intuition, elle nécessite une connaissance qui dépasse la spécialité. Et donc ça c’est ce qui fait toute la complexité aussi de cet élément de prévention au coup d’œil, parce qu’en fait ce n’est pas la prévention du nombre, ce n’est pas la prévention du marqueur, ce n’est pas la prévention du dosage, c’est la prévention médicale au sens le plus noble, puisque vous avez même évoqué le cancer. Cela veut dire bien dire qu’on dépasse le champ de la prévention cardio-vasculaire. Et donc effectivement pour de multiples raisons, difficulté de quantifier cela, difficulté d’évaluer cela, difficulté de pondérer parce que là on est en train de faire une liste à la Prévert, mais ensuite il y a la pondération.
XG : Je voudrais vous faire parler du poids parce que poids/pondération c’est le même mot. J’aimerais que vous développiez avec votre sens de la synthèse cette combinatoire : le poids en lui-même, c’est pas du tout un facteur de risque tout seul mais il y a différentes sortes d’obésité. Est-ce que vous pouvez décliner tout ça ? Reprendre peut-être ce que vous avez dit entre l’origine géographique et le poids et l’antécédent de ce fameux diabète ? Parce que le diabète, il y a des familles de diabétiques, c’est terrible. Et même s’ils ne sont pas en surpoids, il y a un énorme risque de faire du diabète à tous les âges de la vie d’ailleurs, il y a des diabètes acidosiques qui commencent à 50 ans chez des gens tout minces. Mais l’interrogatoire c’est « Oui, ça dans ma famille, il y a eu ça ». Parlez-nous donc des relations entre le poids, la forme du poids et les antécédents.
AP : Alors pour reprendre ce que je vous disais tout à l’heure, la prévention à l’œil : quand vous voyez quelqu’un qui passe le seuil de votre porte et qui est en surpoids, ça va activer une mécanique d’interrogation parce que le poids ça se voit, l’excès de poids, et ça va allumer quelque chose. Mais vous avez raison, il y a poids et poids. Il y a un poids, deux mesures si je puis dire, puisque le poids est bien sûr la porte d’entrée mais on sait que ce qui véritablement met en jeu le pronostic vital c’est où ce poids se localise. On parle classiquement de l’obésité abdominale, c’est-à-dire le ventre du buveur de bière, cette obésité abdominale. On sait que c’est l’obésité où la prise de poids toxique c’est elle qui est associée à l’insulino-résistance. C’est elle qui est associée au risque d’événement. Mais il y a aussi la localisation du tissu adipeux. On sait en fait qu’il y a du tissu adipeux autour du cœur, autour des vaisseaux et en fait c’est du poids que l’on ne voit pas. C’est du poids invisible. Et ça explique pourquoi quelqu’un qui peut être apparemment sain, c’est-à-dire qui a un poids normal, peut faire des complications métaboliques. Soit parce qu’il a un tissu adipeux invisible toxique, on peut avoir une masse graisse faible mais avec un tissu adipeux très agressif, parce que le tissu adipeux on a pendant longtemps pensé que c’était un tissu de stockage inerte passif. Non, le tissu adipeux et les adipocytes sécrètent des substances. C’est un tissu qui est plastique, c’est un tissu qui est agressif, c’est un tissu qui agit sur les organes qui sont proches de lui. Et donc en synthèse, même si le poids doit évoquer un interrogatoire organisé, l’absence de surpoids ou la présence de poids n’est pas un facteur de risque en tant que tel. Il va falloir creuser.
XG : Je vais me permettre de rebondir sur une formule qu’utilisait mon patron, le professeur Michel Safar qui était un grand spécialiste de la prévention des maladies cardio-vasculaires. Il disait : « quand un patient rentre dans le box de consultation, la prévention du coup d’œil, regardez s’il a une forme de pomme ou s’il a une forme de poire ». La forme de pomme, ça veut dire : il a de l’obésité, mais de l’obésité sur l’abdomen. Et la poire : il a une obésité mais il a une obésité callipyge, il a des grosses fesses. Et bien la poire n’a pas de risque cardio-vasculaire. La pomme a beaucoup de risque cardio-vasculaire. Donc regardons nos patients : c’est une poire, c’est une pomme ?
AP : On ne mélange pas les poires et les pommes d’une part et d’autre part je vais aller plus loin. Mon maître, le professeur Puel, me disait toujours : « regarde les ongles de tes patients, parce qu’en fait les ongles racontent une histoire, le type de travail que vous faites, la recoloration, la présence d’anomalies ; regarde les oreilles de tes patients. Il y a le fameux signe, vous savez, de l’oreille. Et puis plus récemment, on a vu aussi l’impact des rides : où elles se situent ? Et ça revient à cette médecine du coup d’œil ou de prévention à l’œil puisqu’en fait ça ce sont des choses que l’on intègre très rapidement lorsqu’on a la connaissance.
XG : On peut en rajouter un, c’est le signe de la calvitie. Ça c’était mon père qui me le racontait. Il me disait « Ah celui-là il a passé sa vie à autre chose qu’à faire pousser ses cheveux. » C’est-à-dire qu’il a abîmé son système cardio-vasculaire avec ses hormones et il a perdu ses cheveux. C’est vrai que la calvitie, il y a eu des travaux très scientifiques aux États-Unis montrant qu’un sujet de petite taille avec une calvitie et un ventre bedonnant, c’était un sujet à haut risque cardio-vasculaire de faire un infarctus. Est-ce que vous pourriez reprendre cet élément-là à votre compte ?
AP : Oui, il y a des figures caricaturales, le syndrome de Pickwick. On a comme ça dans notre imaginaire artistique, littéraire, des figures qui incarnent tout ce que l’on vient de dire, c’est-à-dire le cumul des facteurs de risque que l’on dépiste.
XG : J’aimerais qu’on ait quand même quelques instants sur le cholestérol. Depuis 50 ans, il y a eu des évolutions absolument majeures pour prévenir les maladies des gens qui ont un cholestérol très élevé, le plus souvent d’ailleurs, des gens qui ont une maladie génétique, parce que le cholestérol élevé c’est une maladie génétique. Et rappelons-nous du fait que, quand on fait des mesures nutritionnelles, on ne diminue que de 15 % son taux de cholestérol. Ce n’est pas que l’alimentation, il faut toujours le proposer, mais c’est malheureusement le foie qui fabrique la nuit le cholestérol. Alors, je pose la question très directement : dans un système où on n’a pas beaucoup de moyens, parlons du sous-continent indien, tout le monde n’est pas très riche en Inde, est-ce que le bilan du cholestérol est fait de façon systématique ? Qu’est-ce qui est fait en Inde ? La mesure de la pression artérielle, le bilan du cholestérol, le dosage de la glycémie pour le diabète ?
AP : Alors, ce n’est peut-être pas un bon exemple puisque le système de sécurité sociale indien ne permet pas de faire ce genre d’approche, populationnelle où on prend en charge le dépistage des facteurs de risque. Mais d’un autre côté, ça montre que ce que font les gens, c’est quelque chose qui est individualisé et qui est adapté au terrain. Et on revient à ce qu’on disait, la pondération, c’est-à-dire la perception du risque diabète, glycémie, obésité abdominale. Ce risque-là en Inde qui est le continent quand même de la maladie métabolique, le continent du diabète et bien c’est un risque qui va être dépisté plus aisément que par exemple le risque du cholestérol. Mais dans nos populations riches, moi je crois encore une fois : écart entre les approches populationnelles et les approches individuelles. Faire un cholestérol total à la volée, on sait que ça ne sert à rien puisque de toute façon les fractions du cholestérol qu’on recherche ne sont pas dans cette valeur globale. D’un autre côté, faire du dépistage hypercholestérolémie familiale chez les enfants dans une école, ça peut être intéressant pour dépister les enfants à risque très tôt. Donc moi je crois que le cholestérol, comme la glycémie, ce sont des paramètres qui rentrent dans une stratégie globale mais pour lesquels, je dirais que la force de l’intervention est supérieure à la force du dépistage. C’est-à-dire que finalement on sait que prendre un traitement qui diminue le cholestérol mais pas que, puisqu’il fait d’autres choses. Mais malheureusement, on ne peut pas exploiter ces effets collatéraux, que ça soit un traitement très moderne comme les anti-PCSK9 ou un traitement plus traditionnel comme les statines. On sait que, à l’échelle populationnelle et à l’échelle individuelle, ça réduit le risque d’événement. Est-ce que ça passe par une baisse du cholestérol ou par autre chose ? Là, les choses sont beaucoup plus complexes. Donc agir sur des populations avec des médicaments qui font baisser le cholestérol, ça réduit le risque d’événement. Est-ce que ça ne passe que par le cholestérol ? Aujourd’hui, on a une discussion.
XG : Alors, on va passer au dernier moment de notre entretien qui est celui des actions qu’un pays peut entreprendre. C’est très à la mode partout dans le monde. Vous êtes, vous, un des ambassadeurs du pays dans lequel vous travaillez, qui est le Luxembourg, auprès de l’OMS. Donc vous avez écouté les propositions faites par l’OMS pour réellement mettre en place des stratégies de prévention des maladies cardio-vasculaires, premier tueur dans le monde, c’est les maladies cardio-vasculaires avec comme première maladie, l’hypertension artérielle. Mais on est aujourd’hui face à une grande hétérogénéité des moyens mis en œuvre dans les différents pays. Alors en France, l’assurance maladie a déclaré, il y a quelques mois, vouloir reprendre une stratégie qui est celle utilisée aux États-Unis un peu, mais surtout en Angleterre, en Grande-Bretagne qui est la stratégie du « know your number », c’est-à-dire que chaque individu devrait connaître à certains âges clés de sa vie, 40 ans, 50 ans, c’est le moment où ça vaut le coup de faire de la prévention. 70 ans, c’est un peu tard. C’est à 40 et 50 ans de connaître un certain nombre de valeurs de ses paramètres personnels et j’aimerais que vous puissiez challenger cette méthode. Quelle valeur, on va jusqu’où ? Est-ce qu’il faut que tout le monde ait la mesure de pression artérielle ? C’est mon sentiment. Mais est-ce qu’il faut faire le dosage du cholestérol chez tout le monde ? C’est très cher, c’est très compliqué. Il y a des gens qui ont peur de la piqûre. Et ça va contre un dépistage global. Quel paramètres : est-ce qu’il faut faire la glycémie, est-ce qu’il faut faire d’autres paramètres ? Qu’en pensez-vous ? Qu’avez-vous entendu dans ces audiences internationales ?
AP : Moi je crois que le « know your number », donc connaître ses chiffres, c’est une façade, c’est une porte d’entrée parce qu’en fait les stratégies qui marchent, pas seulement pour dépister mais aussi pour enrayer les facteurs de risque, pour parler de celui qui nous intéresse, l’hypertension artérielle, en fait ce sont des stratégies globales, comportementales. C’est quand tout un pays décide d’éradiquer un fléau, on pourrait prendre l’exemple de la vaccination, tout le monde s’y met. C’est-à-dire que les parents, les enfants, les écoles, les centres de dépistage, à l’armée, les médecins, les médecins généralistes, des hôpitaux, tout le monde décide de s’unir face à un fléau. Et donc là où ça marche, je prends l’exemple de la Corée du Sud où on a vu un vrai succès dans les campagnes de contrôle des facteurs de risque, c’est pas tellement parce que les gens connaissent leurs chiffres, c’est parce que le système entier est au service de l’éradication du contrôle d’un facteur de risque. Know the number ou know your number, c’est juste une porte d’entrée, porte d’entrée d’une forteresse. Et cette forteresse est celle du comportement. C’est-à-dire que quand vous vous intéressez à vos chiffres, alors tout d’un coup, il y a une mécanique comportementale qui se met en place. Qu’est-ce que je peux faire pour les contrôler ? Est-ce que ces chiffres ils sont aussi élevés chez mon conjoint, chez mes parents, chez mes enfants ? Est-ce que je dois en mesurer d’autres ? Est-ce qu’il y a des moyens de changer ces chiffres qui soient médicamenteux, non médicamenteux ? Know your number n’est qu’un artifice, n’est qu’un levier pour enclencher quelque chose de beaucoup plus complexe.
XG : Alors, je voudrais vous féliciter et en faire la publicité : la journée mondiale de l’hypertension artérielle du 17 mai 2026 est en France avec les actions d’un maximum de gens. Mais en tout cas, l’Alliance Hypertension France, c’est-à-dire la Fondation de recherche sur l’hypertension que vous présidez, le Comité de lutte contre l’hypertension artérielle que préside le professeur Hanon et la Société française d’hypertension artérielle vont se mettre ensemble pour mettre en avant un concept qui est celui d’agir, d’agir tous ensemble. Et l’idée que nous avons proposée, qui a été admise par le conseil de l’Alliance Hypertension France que je préside, c’est de pouvoir mettre « Agir en duo », c’est-à-dire mesurez votre pression artérielle, c’est très bien pour vous, mais impliquez quelqu’un de votre entourage familial et puis si vous n’avez pas de famille ou plus de famille, du cercle amical, quelqu’un avec lequel vous voulez partager cette action communautaire. Est-ce que vous pourriez avec vos mots faire la promotion de cette campagne « Agir en duo » qui en tout cas sur internet commence très bien. Nous commençons à être bien cités. C’est dans un mois mais nous commençons à être bien cités.
AP : Agir en duo, agir comme nous deux finalement, c’est-à-dire interagir, je dirais même au-delà d’agir, interagir parce qu’en fait la mesure de la pression artérielle c’est encore une fois la porte d’entrée pour enclencher un grand nombre d’actions qui dépassent la simple mesure. Si vous et votre voisin, vous avez de la pression artérielle élevée, automatiquement vous allez parler peut-être du sel, du traitement que vous prenez, de la facilité que vous avez à prendre ce traitement, dans quelle pharmacie vous allez acheter, quel appareil de tension vous utilisez. Donc derrière cette campagne en duo, il y a finalement une mise en action d’interactions et d’échanges qui vont permettre de dépister l’hypertension artérielle et de mettre en œuvre des actions de façon beaucoup plus globale. Et derrière le mot duo, il y a le mot comportement. Je crois que c’est ça qui est important. Nous sommes des humains. Nous sommes des humains qui échangeons. Nous sommes des humains qui interagissons et le nombre minimum minimal nécessaire pour interagir, c’est deux. Et donc la campagne AGIR en duo, c’est la bonne campagne.
XG : C’est magnifique, je dirais même plus : on va revenir à la vie qui est une maladie sexuellement transmissible, toujours mortelle. Et la vie pour nous qui sommes des mammifères, c’est une vie qui pousse au couple. On ne peut rien faire tout seul. On ne peut pas survivre tout seul. On ne peut pas se reproduire tout seul. Il faut être en duo. Donc moi, je trouve qu’on devient philosophe, là ! Moi, je suis en fin de carrière mais vous, vous êtes dans la force de votre carrière et depuis très longtemps, vous avez compris la puissance du groupe, la puissance de l’humain. On ne peut pas marcher tout seul. Et c’est la puissance de l’Alliance l’Hypertension. Une structure fera moins que trois structures et il faut qu’on soit tous ensemble.
AP : Agir en duo, agir ensemble pour lutter contre l’hypertension artérielle.
XG : J’ai beaucoup aimé cet entretien. On a un peu décoiffé, on n’a pas été dans le blabla habituel. Je ne sais pas si ça intéressera les gens mais moi ça m’a intéressé sacrément. La prochaine fois, on va annoncer le prochain. Je pense qu’il y a vraiment à à ces murs de pouvoir parler des moyens de mesurer la pression artérielle. L’alliance hypertension surtout le S tank a beaucoup travaillé sur les nouvelles technologies mise à disposition. Ce petit appareil de poignet, on a dit pendant 20 ans, il faut pas utiliser les appareils de poignet. Il y a maintenant un appareil de poignet omrond qui est une révolution. Il permet de mesurer la pression la nuit sans réveiller le patient. Il permet de faire des analyses extrêmement fines et il est un vrai concurrent avec ces fameux appareils cuffless dont plus on avance dans la compréhension, plus on se rend compte qu’ils ont beaucoup de défis encore à relever. Un des derniers défis professeur Patémission, personne ne l’écoutera. Euh, depuis quelques jours, je me suis rendu compte de quelque chose. La fréquence cardiaque mesurée par ce système n’est pas la fréquence cardiaque de l’individu. C’est un très bon teaser. C’est un très bon teaser. C’est un très bon teaser pour la l’épisode prochain où au-delà de la mesure, on on s’intéressera aussi au signal. C’est peut-être pas de côté que j’ai envie de faire avec vous dans le cadre de cette prochaine émission. Qu’est-ce que l’on mesure, à quoi ça sert et qu’est-ce que l’on peut en faire ? Merci beaucoup, à bientôt. Merci.