Alors il est vrai que c’est important : le sel peut augmenter la pression artérielle chez 40 % des individus qui ont déjà le problème de l’hypertension. Chez les hypertendus, 40% sont dits sensibles à une consommation excessive de sel. La consommation excessive de sel c’est plus de 12 grammes par jour dans l’alimentation.
Alors 12 g très difficile de quantifier ces grammage lorsque l’on a devant soi une assiette, une assiette qu’il n’est pas nécessaire de resaler pour pouvoir rajouter 12 g. Rajouter 12 g dans son assiette, c’est immangeable.
En fait le sel est caché dans les aliments, dans les aliments qui sont des aliments qui ont besoin de sel pour leur fabrication : le pain, le fromage, dans leur conservation : la charcuterie et le poisson fumé. On met du sel pour éviter de s’empoisonner parce que le sel c’est un moyen de stopper le développement des bactéries.
Donc il faut connaître les aliments qui sont riches en sel caché et il faut – si l’on est un consommateur excessif de ces aliments et que l’on a une hypertension artérielle – tenter de diminuer leur consommation, leur quantité.
Donc si on mange une baguette par jour au total et bien on va conseiller aux patients d’en manger une demie et puis si on mange quatre morceaux de fromage à chacun des repas on va dire aux gens : diminuez par trois votre consommation de fromage et puis si on rajoute du bouillon cube – le bouillon cube c’est très riche en sel : cinq g dans un seul cube de bouillon – et bien à ce moment là on va pouvoir de façon très efficace diminuer la consommation de sel et pour un certain nombre de patients voir s’abaisser la pression artérielle.
Dernier petit conseil concernant le sel : ce n’est pas la peine de se soumettre de façon prolongée à ce régime diminué en sel pour pouvoir en voir les bénéfices car en moins de huit jours on voit le bénéfice d’une diminution de la consommation de sel. Les conseils sont : pendant quelques jours on va faire un gros effort pour pouvoir diminuer la consommation de sel, on va mesurer sa pression artérielle avec une automesure au terme de ces huit jours et on va voir si on fait partie des chanceux qui sont dits sensibles au sel et si c’est le cas et bien on peut espérer ne pas avoir à prendre de médicaments antihypertenseurs et si malheureusement on n’est pas sensible au sel et bien il faudra se résoudre à soigner l’hypertension artérielle avec des médicaments antihypertenseurs.
Le terme de guérison d’hypertension artérielle est un terme qui est difficile à manier pour la prise en charge de l’hypertension artérielle, car les traitements qui sont ceux utilisés depuis 60 ans sont des traitements qui ne guérissent pas mais qui sont des traitements qui soignent. Soigner, guérir on peut considérer que c’est la même chose. En fait, c’est pas la même chose : soigner dans l’hypertension artérielle ça veut dire : je prends un traitement de façon régulière (en fait aujourd’hui quotidienne : une fois par jour) et avec ce traitement, je peux observer que ma pression artérielle se normalise. Guérir ça voudrait dire : je ne prends aucun traitement et je n’ai plus besoin de m’inquiéter du niveau tensionnel. Alors il y a des moyens de guérison démontrés ? Très peu. Et c’est dans certaines formes d’hypertension artérielle, dite hypertension secondaire, d’hypertension qui vient d’anomalies au niveau des glandes surrénales, que l’on peut espérer par la chirurgie observer une guérison. Très peu de patients hypertendus vont pouvoir bénéficier de ces méthodes chirurgicales donc on peut considérer aujourd’hui qu’on ne sait pas guérir de l’hypertension artérielle mais qu’on sait parfaitement la soigner !
Il a été observé scientifiquement que la substitution de sodium par du potassium s’accompagnait d’une diminution de la pression artérielle et du nombre d’AVC. En conséquence, l’OMS recommande une consommation de potassium d’au moins 3 g et demi par jour chez l’homme et d’au moins 2 g et demi par jour chez la femme.
Les sources naturelles de potassium se trouvent dans les fruits et particulièrement lorsqu’ils sont séchés, dans les graines aussi, en particulier dans le cacao, et dans les légumes. Le fruit le plus connu comme apportant du potassium est la banane, mais le champion est en fait l’abricot sec avec près de 1 g de potassium pour 100 g de fruit. La banane est la plus populaire mais en réalité la quantité de potassium apportée n’est que de 0,5 g pour 100 g de fruit. Moins connu est l’avocat qui, en réalité, contient deux fois plus de potassium qu’une banane. Pour les légumes, le contenu est variable selon le légume et selon la préparation culinaire réalisée. Il est dit que c’est la peau de la pomme de terre qui apporte le potassium et que la cuisson à l’eau fait diminuer le contenu en potassium. Pour la tomate, c’est au contraire la chair qui contient le potassium et en conséquence des quantités élevées de potassium sont notées dans les sauces tomates.
Depuis des années le message «manger moins salé» est largement diffusé et connu du grand public. La raison de ce message répétée par tous les media est le bénéfice pour les patients hypertendus de voir diminuer leur pression artérielle lorsque la consommation de chlorure de sodium est diminuée. De nombreuses études ont en effet démontré qu’une diminution de 5 g par jour de la consommation de
Depuis des années le message «manger moins salé» est largement diffusé et connu du grand public. La raison de ce message répétée par tous les media est le bénéfice pour les patients hypertendus de voir diminuer leur pression artérielle lorsque la consommation de chlorure de sodium est diminuée. De nombreuses études ont en effet démontré qu’une diminution de 5 g par jour de la consommation de chlorure de sodium pouvait s’accompagner, chez 40% des patients hypertendus, d’une baisse de la tension. Les données de six études prospectives de cohortes d’adultes vivant aux USA, initialement en bonne santé, afin d’évaluer le rôle du rapport sodium/potassium sur la survenue d’une complication cardiovasculaire montre que pour chaque augmentation du sodium de 1 g (2,5 g de chlorure de sodium) il est observé une augmentation de 18 % du risque de survenue d’une complication cardiovasculaire. De plus, pour chaque augmentation de potassium de 1 g il est observé une diminution de 18 % du risque de complication cardiovasculaire.
Concernant le rapport sodium/potassium, un rapport supérieur à 3,4 s’accompagne d’une augmentation de 62 % des complications cardiovasculaires.
Ainsi, selon ces études, il est recommandé de consommer au moins 4 fois plus de potassium que de sodium pour obtenir un bénéfice optimal. Il est important de noter que le potassium provenant des aliments est plus efficace que celui apporté par des comprimés.
Ainsi les données actuelles confirment que les effets cardio-vasculaires défavorables d’une consommation excessive de sel peuvent être moins importants si la consommation de potassium d’origine alimentaire augmente.
Mais prenons garde aussi de ne pas diffuser des messages qui seront mal compris par les patients car le risque d’hyperkaliémie n’est pas nul, en particulier chez les sujets ayant une insuffisance rénale ou chez tous ceux qui prennent des médicaments antihypertenseurs ayant une action sur l’élimination du potassium par les reins (les sartans, les IEC, la spironolactone, l’amiloride).
Je ne conseille pas à mes patients la consommation de « sels de régime. En effet, ce sont le plus souvent des sels de potassium et il le risque d’hyperkaliémie est élevé en particulier chez les sujets de 60 ans et plus traités par un ou plusieurs médicaments bloquants le SRAA.
Boris Hansel : L’hypertension artérielle est soignée classiquement avec des antihypertenseurs. Ce sont des médicaments. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c’est qu’il y a des moyens naturels d’agir sur les chiffres de la pression artérielle. Le professeur Xavier Girerd, cardiologue hypertensiologue du collège de Pums, va parler des traitements naturels. On a vu passer dans la presse grand public un article qui suggère qu’on peut maintenant traiter, ou qu’on pourrait bientôt traiter, l’hypertension artérielle avec des probiotiques. Les probiotiques sont des micro-organismes qui vont entrer dans notre corps et qui pourraient nous faire plein de bien, notamment en agissant au niveau de l’intestin, au niveau du microbiote. Est-ce ou pas un traitement pour bientôt contre l’hypertension artérielle ?
Pr Xavier Girerd : J’ai été déçu parce que cet article a été réalisé sur une expérimentation chez des souris. J’ai appris avec le temps que ce qu’on démontre chez la souris ne marche pas toujours. Et quelque chose m’a choqué, c’est qu’on a proposé à ces souris de manger beaucoup de fruits, du fructose, parce que chez la souris manger beaucoup de fruits provoque l’hypertension artérielle. Il y a là quelque chose qui ne va pas du tout.
B. H. : Effectivement la souris ne semble pas très proche de l’homme quand vous nous dites que les fruits augmentent l’hypertension artérielle chez la souris parce que les fruits, à ma connaissance, sont plutôt recommandés en prévention des maladies chroniques et pour les personnes qui ont de l’hypertension artérielle ?
X. G. : Oui c’est plus que recommandé, il y a des preuves très certaines que si l’on augmente, dans son alimentation, les aliments riches en potassium, on va plutôt avoir moins de maladies cardiovasculaires.
B. H. : Les fruits que vous mentionnez sont riches en potassium ? Ces fruits-là sont particulièrement intéressants ?
X. G : En fait, c’est plus les légumes et certains fruits – plutôt les fruits secs. Le champion est l’abricot sec. La banane est très connue mais dans l’abricot sec il y a plus de potassium que dans la banane. Il faut en manger plus aussi. Dans les légumes, c’est l’avocat. Je ne sais pas si l’avocat, pour vous Boris, est un fruit ou un légume mais en tout cas c’est le plus riche en contenu en potassium.
B. H. : On a parlé du potassium des fruits et légumes qui peuvent en apporter mais est-ce qu’il n’y a pas une solution plus simple qui serait de prendre un complément alimentaire de potassium ? C’est « naturel ».
X. G. : La littérature est un peu fluctuante. La littérature scientifique, celle où il y a vraiment des preuves. Il est mieux, semble-t-il, de prendre le potassium naturel, celui qui est contenu dans des produits, plutôt que de prendre un comprimé parce que le comprimé c’est du potassium associé à du chlorure de potassium qui peut agresser l’estomac et provoquer des problèmes d’ulcère. Il vaut mieux prendre le potassium naturel contenu dans les aliments, c’est ce que je préconise plutôt que des préparations spéciales.
B. H. : Il y a autre chose que les médecins demandent aux personnes qui ont de l’hypertension artérielle, c’est de réduire les apports de sel. Est-ce que ça fonctionne chez tout le monde de faire attention aux apports en sel ?
X. G. : En fait, moins on a de niveau de tension, plus les apports en sel qui diminuent ont pas d’effet, voire ont un effet paradoxal : les gens en bonne santé qui ne mangent pas de sel du tout s’exposent à une augmentation de la mortalité cardiovasculaire, selon les données de la littérature. Quand on mange trop de sel, en manger moins aide un peu à soigner l’hypertension, surtout dans les formes d’hypertension les plus sévères. C’est donc chez ces patients qu’il y a un intérêt à faire un effort vis-à-vis des aliments riches en sel.
B. H. : Donc si on donne des conseils concrets pour limiter les excès de sel, un top 5 des conseils pratiques ?
X. G. : Je dirais que ça dépend du type de cuisine que l’on aime. Si on aime manger asiatique, attention parce que les sauces asiatiques sont extrêmement salées, et puis le glutamate, c’est du glutamate de sodium qu’on rajoute. Si on mange les recettes africaines : dans les recettes africaines subsahariennes, on ajoute du bouillon cube, 5 ou 6 par plat ! C’est beaucoup trop. Si on ne mange que du poisson fumé c’est surtout salé, plus que fumé. Si on ne mange que du fromage, c’est trop salé à la fin de la semaine. Ce sont des conseils très simples : il faut varier son alimentation, ne pas manger sans sel. Manger sans sel quand on est en bonne santé, ça ne fait pas vivre plus longtemps et ça ne fait pas disparaître la possibilité de devenir hypertendu. Il y a tellement de facteurs qui font devenir hypertendu que le sel est un tout petit facteur. Mais quand on est hypertendu avec une tension très élevée, si on mange trop salé ce n’est pas bon non plus. Donc ces patients-là doivent faire un effort sur le sel.
B. H. : C’est pas simple de quantifier ce qu’on mange en sel au quotidien. Y a-t-il des moyens pour s’évaluer, des dosages sanguins, des prises de sang ? On sait que la prise de sang ne permet pas de savoir. C’est pas parce qu’on a un taux de sodium dans le sang bas ou élevé que ça veut dire qu’on ne mange pas assez ou trop de sel. On peut utiliser des prélèvements d’urine, non ?
X. G. : Bien évidemment mais c’est globalement trop lourd trop et peu faisable. Dans quelques mois, existera un test rapide qui va permettre de savoir si on a mangé beaucoup de sel au dernier repas. J’ai entendu parler de ça et ça va sortir en France dans quelques mois. On pourra savoir, avec une petite bandelette comme on met une bandelette dans la piscine pour savoir s’il y a trop de chlore. Mais aujourd’hui, c’est très compliqué de savoir si on a mangé très salé. Il y a un petit moyen : si on a soif, ça veut dire que le repas était très salé.
B. H. : On a parlé du potassium, du sel et des aliments qui en contiennent. Est-ce qu’il y a d’autres conseils alimentaires « naturels » ?
X. G. : Ces deux-là sont aujourd’hui les plus démontrés. Il y a peut-être des choses qui sont en cours. Il existe beaucoup de rumeurs, l’ail, etc. Quand on regarde vraiment les choses : le cacao, par exemple, il en faut de telles quantités que si l’on prend trop de cacao, de chocolat, c’est trop calorique et on va prendre du poids. En fait, tous les éléments dont on vient de parler ont de petits effets. Il ne faut pas aujourd’hui penser que ces effets sont cumulatifs. La nutrition a un effet petit, l’activité physique a un effet petit, malheureusement pour beaucoup de gens qui n’aiment pas les médicaments. Mais les médicaments ont un effet très grand, c’est pourquoi les médecins prescrivent plutôt les médicaments !
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