Depuis août 2026, une nouvelle version suiviHTA2026 est disponible gratuitement.
Les évolutions majeures de cette version suiviHTA2026 sont :
- la variabilité de la pression systolique est calculée et commentée
- la fréquence cardiaque est maintenant dans la liste des paramètres de saisie
- la détection d’une hypotension orthostatique est proposée. Sa présence est commentée.
- la Pulse Wave Velocity et l’âge des artères (EVA – Early Vascular Aging) sont calculés après chaque automesure de dépistage.
- l’envoi du rapport en pdf est possible à une adresse mail choisie par l’utilisateur (par défaut contact@hypertensionfrance.fr)
SuiviHTA conserve le concept initial de la conservation exclusive des données de santé uniquement dans la mémoire du smartphone de l’utilisateur. Aucun calcul n’est réalisé par une IA. Aucune donnée personnelle ou de santé n’est stockée sur des serveurs ou des supports numériques en dehors du smartphone de l’utilisateur.
En novembre 2026, suiviHTA dans une version augmentée de l’application sera disponible sur AppleStore et GooglePlay.
Xavier Girerd : Professeur Pathak, vous êtes le président de la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle. Je suis moi-même le professeur Girerd, Président du think tank Hypertension France et notre sujet de réflexion aujourd’hui, c’est l’automesure. L’automesure, c’est la première requête sur le site de la Fondation de recherche sur l’hypertension. Est-ce qu’il y a des nouveautés dans l’automesure ? Oui, la première nouveauté, c’est qu’aujourd’hui on peut faire des automesures de précision. On a une technologie qui a beaucoup évolué, qui permet d’aller bien au-delà de la moyenne de 18 mesures, mesurées le matin et le soir, la « règle des trois » que vous nous rappellerez tout à l’heure. Et donc comment pratiquer en 2026 cette automesure de précision ? J’aimerais très rapidement faire une petite synthèse : ce qui a bougé, là très récemment, avec la mise à disposition de l’application suiviHTA dans sa version 2026 c’est que on peut aujourd’hui prendre en compte et s’intéresser à l’hypotension orthostatique. Grâce aux travaux et aux sollicitations d’une réunion précédente, il y a plus d’un an avec le professeur Hanon, qui est un grand spécialiste, avec vous d’ailleurs, professeur Pathak, de cette thématique, vous avez écrit beaucoup de documents de synthèse et de recommandations sur l’hypotension, mais finalement l’hypotension orthostatique à domicile, est-ce que c’est fréquent, est-ce que ça existe, comment la gérer ? Et bien on peut maintenant sur suiviHTA avoir cette option et même un commentaire lorsqu’on a coché la case “la troisième mesure s’est faite en position debout”. C’est ce qu’on propose : deux mesures assises et la troisième en position debout. C’était simple, ça marche, ça roule. Ensuite le deuxième point, c’est la variabilité de la pression systolique. Alors ce point là fera l’objet peut être d’un débat. C’est très intéressant, très riche déjà. Sachez que dans la dernière application suiviHTA, il y a le calcul de la variabilité, la déviation standard et que il y a un petit commentaire qui se fait : oui, j’ai une pression variable / non, j’ai pas une pression variable, quelles conséquences ça pourrait avoir, on en reparlera une autre fois. Puis troisième point, l’état des artères, l’âge des artères, ça, c’est le graal pour un certain nombre d’hypertensiologues. L’hypertension, c’est une maladie des artères, ça s’appelle l’hypertension artérielle, je le rappelle, et comment mesurer, comment évaluer la souplesse des artères ? Eh bien, il y a un paramètre qui existe depuis 100 ans qui s’appelle la Pulse Wave Velocity, la vitesse de l’onde de pouls et bien aujourd’hui dans suiviHTA 2026 vous avez la valeur de votre Pulse Wave Velocity qui est calculée à partir d’équations publiées sur le plan international par l’équipe du professeur Boutouyrie, il y a quelques années, le groupe Artery. Donc tout ça n’est pas sorti du chapeau, c’est sorti de la science et il manquait un outil pour pouvoir à partir des chiffres d’auto-mesure connaître sa Vitesse de l’onde de pouls et calculer son âge vasculaire. Donc suiviHTA 2026, c’est nouveau, et en particulier c’est disponible directement sans passer par les stores, en allant sur cette adresse Internet qui est directement accrochée au site de la Fondation de recherche sur l’hypertension. Donc, il suffit de taper suiviHTA sur un moteur de recherche : suiviHTA FRHTA. Ça tombe directement dessus et vous pourrez avoir sur votre téléphone ou sur le suiviHTA et garder toutes vos données sur votre téléphone. Je voudrais savoir si suiviHTA, pour vous dans votre pratique de cardiologue, vous le conseillez ou patient ou pas ?
Atul Pathak : Oui, alors moi, je suis fan parce que c’est un vrai outil de ce que les Anglo-Saxons appellent d’empowerment, c’est-à-dire de donner le pouvoir aux patients. Pendant trop longtemps, cette mesure complexe était réservée aux spécialistes et enfin, cette application met littéralement la mesure et l’appréciation de la pression artérielle dans la main de nos patients. Ça, c’est pour moi une vraie révolution. Deuxièmement, c’est une révolution agile et moderne parce qu’elle s’est approprié les outils dont tout le monde dispose aujourd’hui pour faire de la pression artérielle, quelque chose qui ne nécessite pas plus qu’un appareil de tension validé et un smartphone que tout le monde a. Et troisièmement, vous le rappelez, c’est une méthode qui évolue, c’est-à-dire, on est en train quand même de révolutionner la mesure de la pression artérielle d’un outil un peu statique qui était mesuré dans le cabinet du docteur à quelque chose de dynamique, qui s’enrichit, puisque les quatre projets que vous citez montrent que, à partir de cette simple mesure, même si derrière, il y a quelque chose de très complexe, parce que, pour arriver à faire de la variabilité, de la Pulse Wave Velocity ou de l’évaluation de l’âge artériel, il y a une technologie complexe derrière, mais ça rend finalement cette mesure au creux de la main du patient, agile, moderne. Ça rend cette mesure à mon avis fantastique parce qu’elle permet d’aller au delà de la pression artérielle.
XG : D’accord, je vous remercie pour ces commentaires qui me vont droit au cœur parce que je suis le père fondateur de suiviHTA avec mon partenaire de toujours Robert Boualit de Solution Santé Digital. C’est vraiment un outil qu’on a créé, mais je trouve que votre slogan est très intéressant : la pression artérielle est maintenant dans notre poche, on a notre évaluation de notre état artériel dans notre poche, c’est très intéressant. Mais est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer que demain – vous voyez que dans le tableau maintenant de suiviHTA, il y a d’emblée le dépistage. Est-ce que suiviHTA ne pourrait pas devenir l’outil dans la poche de tous ceux qui veulent faire du dépistage : les pharmaciens, les autorités, etc ? Parlez-moi un petit peu de ces projets parce que je sais que vous êtes à la tête de projets internationaux sur le dépistage.
AP : Tout à fait, je vais prendre l’exemple du Luxembourg, de l’ancienne grande campagne de dépistage. On va impliquer tous les acteurs de santé dans la mesure pour avoir nos données, mais aussi pour pouvoir mettre en route des actions et en vous écoutant, et depuis quelque temps, je me dis : peut être que suiviHTA pourrait être l’outil du dépistage, non seulement l’outil de la mesure, mais l’outil du dépistage, parce qu’il peut être au creux de la main de tous les professionnels de santé. Il peut être utilisé de façon très simple. Il peut donner un certain nombre de renseignements fort importants pour une politique de santé. Donc moi, je crois qu’effectivement de cet outil de mesure dans la paume du patient pour en faire un outil de mesure dans la paume d’un Etat pour accompagner des campagnes de dépistage et j’espère pouvoir tester cela à l’échelle d’un pays, demain, le Luxembourg.
XG : merci beaucoup, je fais un petit rappel historique. La première application que nous avions développée avec l’idée d’avoir la pression artérielle dans la poche s’appelait depistHTA et pour des raisons de simplification, j’ai pris la décision de fusionner depistHTA et suiviHTA, mais pourquoi pas remettre en avant depistHTA autonome où il n’y ait que le dépistage et garder ce nom, qui était un nom historiquement novateur, qui était celui du depistHTA. Dans cette automesure de précision, on va maintenant parler de ces nouveautés réelles, je dirais : où on va ? c’est tout ce qu’on a finalement, tout ce qui a changé, mais qui est déjà opérationnel, où on va, et il y a eu un grand bouleversement qui a été celui de pouvoir essayer d’investir ce moment très important de notre vie, qui est la nuit, qui est plus exactement le sommeil, parce qu’il y a des gens qui dorment le jour, pour des raisons d’organisation personnelle ou professionnelle. Donc, comment explorer la pression artérielle la nuit pendant le sommeil ? Et cette volonté, qu’ont eue des chercheurs en hypertension artérielle depuis très longtemps, s’est toujours heurtée à des difficultés technologiques qui faisaient que l’on réveillait souvent le patient en mesurant sa pression artérielle, du fait du bruit, des compresseurs, des contraintes de la Mapa, la Mesure Ambulatoire de la Pression Artérielle, très contraignante : la nuit, on dort très mal et donc la première nuit n’est pas vraiment représentative du sommeil, c’est la deuxième nuit parce que la deuxième nuit, on est fatigué et on dort mieux et que la MAPA la deuxième nuit est mal corrélée à la première nuit. Vous connaissez ces données-là, voilà don est-ce que vous pourriez nous dire un petit mot ? Je sais que vous êtes un spécialiste du sommeil. Pour nous dire tout l’importance, tout le rôle pronostic de cette pression artérielle du sommeil ? Et pour nous dire aussi que les explorations du sommeil traditionnel, la polygraphie, la polysomnographie, ne mesurent jamais la pression artérielle.
AP : d’abord pour peut-être synthétiser tout ce qu’on vient de se dire. La nuit, la nuit de tous les dangers, pourquoi la nuit de tous les dangers ? Parce que d’abord, la mesure traditionnelle de la pression artérielle nocturne qui utilise la MAPA, la fameuse mesure des vingt-quatre heures, souffre d’un certain nombre de biais que vous évoquez, alors ça va même plus loin : le bruit du brassard, la compression du brassard, la douleur induite par le brassard ou le simple fait d’avoir à dormir ailleurs, car le conjoint ne supporte pas la pose de cet appareil de 24 h. Donc, la nuit de tous les dangers, car la mesure nocturne aujourd’hui, elle fait défaut dans sa qualité métrologique. Deuxièmement, la nuit de tous les dangers, car la pression terrain nocturne reste le plus grand pourvoyeur d’événements cardiovasculaires. C’est plus important que ce que l’on mesure dans la journée et il y a de grands travaux qui rapportent à quel point la valeur pronostique de la pression artérielle nocturne elle est importante, pas uniquement de façon statique, pas uniquement la simple mesure de la pression artérielle nocturne, mais aussi le comportement de la pression artérielle la nuit : est-ce qu’elle baisse, est-ce qu’elle baisse suffisamment ou pas, voire est-ce qu’elle augmente ? Donc il y a aussi la qualité de la mesure, la quantité de la mesure, la dynamique de la mesure. Troisièmement, vous avez raison, les techniques qui analysent le sommeil ne permettent pas de mesurer la pression artérielle, alors, tout au plus, parce qu’il y a là aussi un photopléthysmographe, on mesure les variations du pouls qui permettent d’avoir une idée de la fréquence cardiaque. Ces mesures permettent de renseigner sur ce qu’on appelle la vasoconstriction post hypoxique. À chaque fois que vous faites une apnée, il y a une hypoxie. Cette hypoxie entraîne une vasoconstriction. Donc vous enregistrez l’activité des résistances vasculaires périphériques, vous en extrayez la mesure de la fréquence cardiaque. Mais jamais, malheureusement, vous n’êtes en mesure de mesurer la pression artérielle, donc il faut quand même renseigner nos patients et nos collaborateurs sur le niveau de cette pression artérielle nocturne : la MAPA, ce n’est pas un bon outil. Omron Night View, je vois que vous l’avez cité, on va peut-être en parler, c’est peut-être la solution et la discussion porte probablement sur ces bracelets, puisque on sait que ces bracelets, malheureusement, ont une qualité de mesure qui est discutable.
XG : on va parler donc des méthodes maintenant en quelques mots et faire des petites séquences concernant les méthodes. L’avènement en 2021, la sortie mondiale, surtout européennes d’ailleurs, puisque ce n’est que depuis cet été 2026 que le bracelet est reconnu et vendu aux États Unis, donc l’Europe a été devant les États-Unis pour le bracelet qui s’appelait Aktiia et qui maintenant depuis un an s’appelle Hilo. Ce bracelet porte un espoir extraordinaire à apporter, un espoir extraordinaire pour justement connaître la pression la nuit, puisque le bracelet ne se gonfle pas, c’est “cuffless”, sans brassard, donc ça ne se gonfle pas, donc ça ne réveille pas. Je crois que vous avez vous-même professeur Pathak porté ce bracelet. Moi, je le porte en permanence, et mes nuits sont tout à fait normales, ça me fait juste un bijou de plus. La difficulté c’est cette fiabilité, car les autorités européennes et américaines tirent un peu l’oreille depuis plusieurs années en disant : ce n’est pas fiable et en particulier, ce n’est pas fiable la nuit, donc est-ce que vous pourriez commenter ce point-là ?
AP : Oui, effectivement, ce n’est pas quelque chose de nouveau. On sait que les appareils qui mesurent un signal et qui utilisent des techniques de photopléthysmographie sont des appareils qui mesurent des pressions artérielles qui s’écrasent naturellement. D’ailleurs, c’est pour cela que ces techniques n’ont jamais été utilisées en réanimation. Parce qu’en fait, lorsque vous êtes à la recherche d’une pression artérielle basse, d’une pression artérielle qui baisse et c’est le cas la nuit en général, la pression artérielle la nuit diminue, elle s’écrase, le signal s’écrase. Et bien, ces appareils, malheureusement, n’arrivent pas à screener correctement cette pression artérielle nocturne. Vous citiez le Professeur Stergiou : il a, avec d’autres collaborateurs, comparé les données de pression artérielle nocturnes mesurées par les méthodes traditionnelles, dites de MAPA, et ces méthodes issues de la photopléthysmographie comme celle du bracelet, il y a un gros décalage. C’est-à-dire qu’on perd en qualité, en quantité de signal, et on peut dire aujourd’hui que la mesure nocturne avec ce bracelet-là n’est pas fiable, puisqu’on parle de fiabilité. D’ailleurs, les recommandations et les papiers de consensus d’experts proscrivent toujours l’utilisation de ces appareils lorsqu’ils parlent de diagnostic ou d’outils thérapeutiques, on continue à enregistrer un signal dont on peut dire qu’il motive le patient à prendre le traitement, qui le renseigne peut-être sur ce qui se passe la nuit, mais la fiabilité de ces appareils aujourd’hui n’est pas à la hauteur de ce qu’on est capable de faire avec des méthodes traditionnelles.
XG : Alors moi, j’aimerais vous parler de fiabilité du Hilo, des travaux entrepris sous la sous la houlette du think tank Hypertension et les équipes de recherche qui peuvent travailler avec le think tank. On a vraiment pris à bras le corps, la question de la fiabilité du Hilo. Il y a une bonne nouvelle, il y a quand même une excellente nouvelle : le Hilo est fiable, ça donne des bonnes pressions, enfin, ça calcule de bonnes pressions avec aujourd’hui une certitude. Si vous êtes un sujet avec des artères souples, alors vous êtes plutôt jeune, vous n’êtes plutôt pas hypertendu parce qu’on sait que quand on est vieux, et quand on a l’hypertension, ses artères deviennent plus rigides, mais si vous avez des artères souples, le Hilo est parfaitement fiable, si vous l’avez calibré avec le tensiomètre qui est fourni, qui est un tensiomètre d’automesure d’ailleurs et que ce tensiomètre d’automesure, vous mesurez la pression artérielle plutôt le soir, parce que c’est le moment où elle est le plus proche de la pression nocturne d’ailleurs, c’est une pression vraiment de repos, et c’est ce qui est important d’avoir la pression d’un individu au calme et au repos. Et c’est pour ça que vous disiez tout à l’heure que rien n’est mieux que la pression de sommeil. Oui, mais avant le sommeil, il y a la période de pré-sommeil et bien, il faut plutôt privilégier cette période-là. Donc première nouvelle : le Hilo est fiable chez les gens dont la pression pulsée de la période d’automesure du pré-sommeil du soir est inférieure à 40. C’est une certitude sur laquelle aujourd’hui, il n’y a pas de discussion. Est ce qu’on peut l’utiliser chez les hypertendus ? Moi, je pense qu’aujourd’hui il faut des modifications algorithmiques, parce que tout ça, c’est de la mathématique, c’est de l’algorithme, c’est de l’IA, avant de pouvoir le proposer clairement à un usage pour les professionnels de santé en remplacement en quelque sorte de la MAPA, puisque ça serait ça. Et donc on vient tout de suite à un deuxième appareil qui est l’Omron Night View dont nous avons déjà parlé à la à la Fondation Hypertension France depuis quelques mois, depuis qu’il est commercialisé en Europe, cet appareil est commercialisé depuis plus de 10 ans au Japon. Mais il ne l’était pas en Europe et c’est vraiment une révolution pour l’exploration du sommeil parce que cet appareil fait zéro bruit. En plus, c’est un appareil de poignet, donc la compression est très modérée parce qu’elle est intelligente, elle se comprime jusqu’à atteindre la pression d’occlusion. Donc vous dormez avec cet appareil, vous ne sentez pas les mesures et automatiquement il y a trois mesures qui sont faites par nuit, alors arrive la question : mais comment utiliser ce tensiomètre de poignet pour faire de l’automesure ? Est-ce que cet appareil pourrait finalement remplacer la MAPA ? Moi personnellement, je pense que oui, mais quel protocole vous imagineriez pour que ça remplace la MAPA ?
AP : Il y a deux réflexions qui me viennent à l’esprit : la première, effectivement, cet appareil, même s’il peut faire trois mesures automatiques pendant le véritable sommeil pour avoir suffisamment de données, je pense qu’il faut répéter ces mesures, donc on pourrait imaginer : vous êtes quand même le créateur de la règle des 3 x 3, on pourrait imaginer 3 x 3 nocturnes déjà pour peut-être avoir une fiabilité dans la mesure de la pression de nuit. Ces 3 x 3 = 9 mesures permettraient quand même d’avoir une photographie assez précise de ce qui se passe la nuit. Et ça me donne d’ailleurs une idée et que je vais vous challenger. Vous êtes le créateur de cette mesure des fameux 3 x 3 : trois le matin, trois le soir, trois jours de suite. Est-ce qu’avec ces nouvelles méthodes et ces réflexions que l’on a, on ne devrait pas s’affranchir de la mesure du matin et proposer une nouvelle stratégie d’automesure qui pourrait être de mesurer la pression le soir, la nuit, trois jours de suite, trois mesures. Et complètement exclure la mesure du matin ou de la journée ? Je vous provoque !
XG : Ce n’est pas une provocation. Moi, j’adore que la jeunesse, parce que moi je suis en fin de carrière, j’ai été effectivement avec le professeur Mourad, l’inventeur de la règle des 3 : 3 mesures le matin, 3 mesures le soir, 3 jours de suite, et je crois qu’avec ces nouveaux appareils, je pense qu’il y a une nouvelle règle des trois depuis aujourd’hui, celle proposée par le professeur Pathak tout seul, et un peu avec moi, donc ça va faire une règle des trois qui va dire trois mesures le soir avant de se coucher, dans ce moment-là, avant d’éteindre sa lumière, en position assise, avec le tensiomètre de poignet Omron Night View. Et puis, après, une fois que l’on a fait ces trois mesures, on appuie sur le bouton Night qui déclenche les trois mesures de la nuit, on garde le tensiomètre et le lendemain matin on enlève le tensiomètre, et puis on vit sa vie, parce que, au moment où on se lève, et dans l’heure qui suit ce lever, il y a un phénomène qui est un phénomène très important, très méconnu des médecins finalement, connu des spécialistes, qui s’appelle le Morning Surge. Quelle est votre expérience sur ce Morning Surge ?
AP : Ce Morning Surge, il est bien décrit dans la littérature, c’est ce qu’on appelait autrefois aussi le pic du petit matin. Il s’explique en fait par trois phénomènes : le lever, tout le monde comprend que lorsqu’on se réveille, on peut avoir une réaction hyperadrénergique qui contribue à ce pic du petit matin, mais il y a des mécanismes plus intimes. On sait, par exemple, que sur le plan chronobiologique, on a des systèmes d’éveil qui se mettent en jeu avant véritablement le réveil je dirais conscient : l’activation de la voie du cortisol, le cumul de l’hyperactivité sympathique du matin et en fait, tout ceci converge vers cet effet qu’on appelle le pic du petit matin. Troisième observation, les cardiologues cliniciens connaissent cela très bien : c’est tous les événements qui surviennent au petit matin, alors petit matin qu’on pourrait qualifier : est-ce que c’est le petit matin du lever ? Est-ce que c’est le petit matin des systèmes ? Mais c’est aussi le matin des complications et on parlait de la nuit de tous les dangers : on a tous été réveillés à cinq heures du matin par l’œdème aigu du poumon. On sait que la mort subite d’origine cardiaque survient plutôt aux alentours de six heures du matin, donc il y a une réalité de terrain, il y a une réalité de système, il y a une réalité d’événement qui fait que finalement, cette mesure du matin, on a du mal à la standardiser. Qu’est-ce que vous en pensez ? Finalement, est-ce que faire cette règle des 3×3 en basculant au soir et à la nuit, ça ne permet pas justement d’éviter cette grande variabilité qu’il y a autour de cette période du matin ?
XG : Alors, effectivement, je pense que c’est une évolution vers la médecine de précision. Qu’est-ce qu’on cherche quand on fait une automesure chez un individu ? Dans 99 % des cas, on cherche à confirmer une maladie des artères qui s’appelle l’hypertension artérielle, qui est une maladie qu’on va prendre en compte si l’individu, quand il est au calme et au repos, a une pression artérielle au-dessus d’un certain seuil. C’est vraiment ma définition de l’hypertension. Et donc comment faire pour obtenir ces chiffres-là ? Il faut aller dans les moments où on est vraiment au calme et au repos et pas dans les moments où on a de l’hyperadrénergie, de la décharge hormonale, de l’orage vasculaire, c’est-à-dire pas le matin. Et donc je pense qu’il est temps de laisser tomber la mesure du matin dans l’automesure. Et voilà, donc il faut évoluer dans la vie et les 25 prochaines années, je crois qu’on ne fera plus de mesure le matin. Et en revanche, quand les gens sont chez eux dans leur environnement habituel de calme, de repos, de quiétude juste avant de s’endormir, on fait les mesures en position assise, pendant la nuit des mesures en position couchée. C’est quand même important l’orthostatisme, et ça a une importance. Et donc c’est ça la prochaine règle des trois et c’est la règle des trois de 2026 préconisée par le professeur Pathak. Je ferai tout pour l’aider pour la rendre Populaire ! Alors j’aimerais qu’on aborde un dernier point qui est celui de cette baisse nocturne. Vous l’avez décrite tout à l’heure cette baisse nocturne, alors là, elle est mieux connue des médecins cardiologues et des spécialistes de l’hypertension sous le terme de dipping. To dip, c’est plonger, c’est-à-dire le plongeon que fait la pression artérielle lorsque le système parasympathique domine le système sympathique. Vous êtes physiologiste, vous l’avez été à une époque, physiopharmacologique, justement, quand vous étiez à Toulouse, vous avez beaucoup travaillé sur ces mécanismes de variation de la pression artérielle liée au système sympathique et vagal. Est-ce que vous pourriez nous faire une petite synthèse pour nous, les gens qui ne connaissent pas ?
AP : Oui, effectivement, la vie est variabilité. En fait, l’absence de variabilité est un signe, malheureusement, de mauvais pronostic, et la pression artérielle n’échappe pas à cette grande règle de physiologie. Et comme vous le rappelez très bien, la pression artérielle de nuit se caractérise par une baisse qui est une baisse physiologique, elle est en fait plus liée à un retrait de l’activité sympathique, à une augmentation du vague. En fait, comme ces deux systèmes sont en balance permanente, on parle souvent d’augmentation relative de l’activité parasympathique ou vagale et de retrait réel de l’activité sympathique, et ce retrait de l’activité sympathique ou cette augmentation relative de l’activité vagale va générer bradycardie, va générer vasodilatation par l’activation de la libération de NO, par la stimulation des récepteurs muscariniques vasculaires et va entraîner donc une baisse de la pression artérielle qu’on estime en général d’à peu près 10 % par rapport à la valeur diurne. On parle donc d’effet de dip, on peut avoir parfois des patients qui ont un dip très important, c’est des super dippeurs. On a des gens dont la pression artérielle ne baisse pas, c’est des non dippeurs, et on a même des réactions paradoxales où la pression artérielle s’élève la nuit. On appelle ces patients des reverse dippeurs dont on sait que ce phénotype-là est associé à une augmentation très importante du risque d’événements cardiovasculaires.
XG : Alors je vais vous challenger Pr Pathak sur cette notion de reverse dippeur sur les premières cohortes de sujets qui ont pu bénéficier de l’Omron Night View en soins cliniques, une cinquantaine de sujets. On commence à mieux comprendre que le reverse dippeur n’existe pas, même chez des hypertendus très sévères, des gens qui devraient être des reverse dippeurs, ça n’existe pas et pourquoi ça n’existe pas, parce que je pense que ça faisait partie des artéfacts de la MAPA. Quand on mettait une MAPA à quelqu’un, il rentrait chez lui, et puis il menait sa vie, et il menait ses nuits, il y a des gens qui se levaient la nuit pour aller prendre soin de l’enfant qui pleurait, il y en a d’autres qui se levaient la nuit pour aller se soulager d’une vessie trop pleine. Et puis d’autres qui étaient insomniaques et qui se levaient la nuit pour aller regarder la télévision et tentaient de se réendormir. Et ça, ce n’était pas bien colligé et donc on a catégorisé des gens comme étant des mauvais dormeurs. C’est ça la caractéristique. Ils étaient mauvais dormeurs, ils étaient reverse dippeurs, mais moi, je mets complètement en doute cela, et je pense, je vous propose que nous arrivions à recruter suffisamment de jeunes médecins pour pouvoir faire porter ces appareils et créer une épidémiologie de la pression artérielle la nuit. Avec quelques milliers d’enregistrements, on réglerait le problème de cette fausse information médicale. Le reverse dipping n’existe pas si les gens dorment. Voilà donc c’est une proposition que je vous fais d’ailleurs, voilà, on devrait unir nos forces pour mettre au point ce projet qui est hyper simple à mettre au point. Je pensais au Club des jeunes Hypertensiologues.
AP : Je vous rejoins parce que je me suis fait la remarque, j’ai vu un livre qui a été publié par un collègue bordelais qui a analysé différents électrocardiogrammes obtenus par une montre connectée dont la marque est bien connue, la marque à la pomme, un petit atlas. Un atlas de tous les signaux qu’il a récoltés sur des patients, associés à des événements : de la tachycardie ventriculaire, de la fibrillation ventriculaire, de l’infarctus. Et en vous écoutant, je me demande si on ne serait pas prêts pour créer un atlas du signal de pression artérielle obtenu avec ces nouveaux appareils, parce qu’on pourrait effectivement embarquer un nombre d’investigateurs motivés, combiner les données cliniques, les données de mesures, que ce soit celles de la MAPA ou d’autres paramètres. Et proposer peut être que, sous l’égide de notre think tank, de la fondation, proposer un atlas de la pression artérielle, mesurée ou enregistrée avec ces nouveaux appareils.
XG : Et bien, c’est parfait, et moi, je vous fais une proposition. Vous êtes à la tête d’un institut cardiovasculaire d’un petit pays, mais c’est l’institut du pays entier, équipez votre institut de Omron Night View et demandez à tous vos médecins de proposer à la place de la MAPA d’automesure de prêter l’appareil, de faire la nouvelle règle des trois et, à mon avis, en six mois, on a largement de quoi publier un bel atlas. On a une fois de plus fait avancer, c’est mon sentiment, pas mal de thématiques qui sont des thématiques vraiment d’actualité. Alors le terme auto-mesure de précision est un terme nouveau, mais qui correspond à quelque chose. Je crois qu’il y a vraiment un renouveau dans l’automesure tout à fait majeur et si l’automesure est maintenant un terme extrêmement populaire – beaucoup de gens n’en avaient jamais entendu parler il y a 15 ans – et maintenant ils réalisent l’automesure avec la règle des trois. Et bien, il y a une nouvelle façon de réaliser l’automesure de précision, il faut un bon appareillage et des appareils nouveaux et il y a beaucoup de choses à faire, donc merci d’avoir échangé, Professeur Pathak. Espérons pouvoir faire venir à ces idées nouvelles de plus en plus de professionnels de santé, on a besoin de tout le monde : des pharmaciens, qui sont maintenant des partenaires importants pour la pression artérielle et sa mesure, des infirmiers/infirmières bien évidemment, sans oublier tous les médecins, spécialistes ou non, spécialistes de la pression artérielle.
AP : Je pense que automesure de précision, moi, je vois ATP, comme l’énergie ! Mettons toute l’énergie possible pour promouvoir cette automesure de précision et pour en faire un outil moderne, un outil du futur.
L’OmronNightView est un tensiomètre de poignet utilisant la méthode oscillométrique ayant une validation clinique A/A (strideBP) pour la mesure en position assise (journée) et en position couchée (nuit).
L’analyse du Think Tank Hypertension France sur ce tensiomètre est la suivante :
• Totalement silencieux lors du gonflage, il ne réveille pas le sujet et préserve la qualité du sommeil.
• Avec un coût public de moins de 200 €, il démocratise l’accès à la mesure ambulatoire nocturne. Ce tensiomètre est un outil qui doit être utilisé par les professionnels de santé (médecin, pharmacien, sage-femme, infirmier)
• Il permet, pour la première fois, de combiner au cours d’un même examen de 3 jours un protocole d’automesure standardisé et une évaluation MAPA nocturne.
Protocole pratique « Automesure / MAPA combinée » recommandé par le Think Tank Hypertension France
Pour assurer la fiabilité des données qui alimenteront un rapport complet, le patient doit suivre scrupuleusement le protocole SNM-3 (SoirNuitMatin) 3 mesures, 3 fois par jour pendant 3 jours.
1. Le volet Éveil : L’automesure classique (Règle des 3/3)
Ces mesures sont volontaires, autodéclenchées par le patient en position assise :
• Le matin : 3 mesures dès le réveil, dans son lit sans attendre entre chaque mesure, assis au bord de son lit (ne pas attendre la prise dès médicaments).
• Le soir : 3 mesures consécutives, avant de s’endormir, sans attendre entre chaque mesure, en position assise au bord de son lit.
2. Le volet Sommeil : Le protocole MAPA sommeil
Ce volet repose sur des mesures automatiques et silencieuses, programmées pendant le sommeil. Le tensiomètre est porté au poignet (droit ou gauche) durant toute la nuit.
• L’activation : Au moment du coucher et juste avant de s’endormir, le patient doit impérativement appuyer sur le bouton [Night] du tensiomètre OmronNightView afin de declencher la programmation automatique des mesures de la période de sommeil.
• Les horaires des mesures de sommeil: L’appareil déclenchera automatiquement trois mesures de la SYS DIA FREQ
◦ Une mesure automatiquement réalisée à 2h00.
◦ Une mesure automatiquement réalisée à 4h00.
◦ Une mesure automatiquement réalisée exactement 4 heures après l’appui sur le bouton [Night] (par exemple à 3h30 si le patient s’est couché à 23h30).
Ce protocole de sommeil doit être activé chaque soir afin d’obtenir 9 mesures sur 3 nuits, en parallèle de la réalisation des automesures de la veille au soir (indispensables pour faire le calcul du dipping).
Les paramètres analysés pour realiser un rapport
À l’issue dun minimum de 3 jours, le recueil des données offre une double lecture : :
1. L’Analyse classique d’une « Automesure sur 3 jours » à partir du calcul des moyennes de 18 mesures des pressions systoliques (PAS), diastoliques (PAD) et de la fréquence cardiaque sur les mesures du matin et du soir. Ce résultat fournit le rapport d’automesure classique permettant une interprétation selon les recommandations internationales (Hypertension si SY/DIA >135/85).
2. L’analyse d’une MAPA nocturne : Calcul
des moyenne tensionnelle sur 9 mesures en période strictement mesurée pendant le sommeil (PAS, PAD, Fréquence). En combinant les données du soir et celle du sommeil, il est possible de calculer précisément le pourcentage de dipping systolique (en suivant les strictes recommandations O’Brien/ESH avec sélection des données d’éveil sur la période 21h00 – 24h00 et les données de sommeil sur la période 1h00 – 5h00..L’usage du prompt Rapport Automesure/MAPA permet d’utiliser n’importe quelle IA pour rendre en quelques secondes une analyse et un rapport de la surveillance individuelle.Téléchargement du prompt Rapport Automesure/MAPA rédigé par les experts du Think Tank Hypertension France ici
Le Pr Xavier Girerd (hypertensiologue et Président de la Fondation Hypertension) et le Dr Atul Pathak (chef du service de cardiologie de Monaco et membre de la Société Européenne d’Hypertension) nous expliquent les changements majeurs dans la réalisation de l’automesure dans un entretien :
Conseils pour acheter et utiliser un tensiomètre automatique
Réaliser une automesure de la tension
La mesure de la pression artérielle du matin doit être effectuée au moment du petit déjeuner et pas immédiatement après le réveil. La mesure du soir doit être effectuée avant le coucher en position assise.
> reporter les mesures sur le relevé d’automesure
> ou dans l’appli SuiviHTA qui permet de conserver les résultats de la tension sur son smartphone et de télécharger un PDF à envoyer au professionnel de santé.
Pour mesurer la pression artérielle à la « consultation » («office» pour les anglo-saxons) toutes les recommandations depuis plus de 50 an ont écrit qu’il fallait réaliser trois mesures de façon consécutive avec quelques minutes au maximum entre chaque mesure en restant au calme et au repos entre les mesures.
Il ne faut pas changer de bras entre chaque mesure. Ce protocole a été mis au point dans les années 1950 par les médecins impliqués dans l’étude épidémiologique dite de Framingham du nom de la ville située près de Boston aux USA qui a organisé cette célèbre étude. C’est à partir de ces travaux scientifiques qu’il a été proposé d’effectuer les mesures de tension pour le dépistage et le suivi de l’HTA dans la position assise et non pas dans la position allongée comme elle s’est longtemps pratiquée en France.
Un des avantages de la réalisation de plusieurs mesures de la pression artérielle consécutives est la détection d’un « effet blouse blanche ». L’effet blouse blanche peut conduire à porter par erreur le diagnostic d’une HTA qui est alors appelée « Hypertension blouse blanche ». Dans la recommandation récente de l’ESC 2024 il est écrit que l’on parle « d’un effet blouse blanche » si une différence de 10 unités (en mmhg) de la pression SYS est observée entre 2 mesures de la tension mesurée de façon consécutive sur le même bras. De nombreuses études ont maintenant démontré que s’il était fréquent d’observer une différence de plus de 10 entre la première et la deuxième mesure, il était beaucoup plus rare de noter une baisse de 10 ou plus entre la deuxième et la troisième mesure de la tension.
En conséquence, il existe maintenant un nouveau protocole qui concerne le nombre de mesure à réaliser lors d’une automesure de la tension au domicile. Ce protocole est celui proposé par les experts de l’ESC 2024 et indique que pour l’automesure à domicile la règle est de faire 2 mesures le matin et 2 mesures le soir, pendant 3 jours minimum et jusqu’à 7 jours au maximum. Ce changement indique que c’est la moyenne sur le minimum de 12 mesures de la pression SYS et de la pression DIA qui donne la valeur de la pression artérielle en automesure d’un individu.
Pour les médecins Français l’application de « la règle des 3 » : 3 mesures le matin, 3 mesures le soir, pendant 3 jours soit 18 mesures à réaliser avant d’effectuer la moyenne n’est donc plus d’actualité.
Concernant l’interprétation des mesures de la moyenne des pressions artérielle obtenues en automesure la recommandation ESC 2024 Il indique que l’équivalent du seuil de 140/90 en consultation est 135/85 en automesure (lorsque l’on calcule la moyenne).
Mais que l’équivalent de 120/70 en consultation est 120/70 en automesure (calcul de la moyenne).
Valeurs de Seuils de la SYS/DIA pour définir les différentes classes de la pression artérielle pour la consultation et l’automesure.
| Consultation | Automesure | |
| PA normale | <120/70 | <120/70 |
| PA élevée | 120/70 à <140/90 | |
| HTA | ≥140/90 | ≥135/85 |
Toutes ces nouvelles valeurs de seuils vont rendre plus difficile leur mémorisation par les médecins. Le numérique permet d’apporter une aide instantanée pour interpréter les enregistrements de la pression artérielle réalisés par les tensiomètres automatiques comme dans l’application gratuite suiviHTA.
XG : Docteur Jamal, vous êtes cardiologue à Yssingeaux, en Haute Loire, et vous êtes membre d’un réseau de 15 ou 17 cabinets de cardiologie dans toute la région Auvergne et Rhône-Alpes, vous pouvez me confirmer un peu cette activité très intéressante, de nos jours, avoir beaucoup de cardiologues ? Comment on accède à vos cabinets de cardiologie ?
FJ : C’est un réseau de cabinets de médecine de ville en cardiologie, comme tous nos collègues cardiologues qui consultent en ville, et notre spécificité est le travail en équipe, la délégation des tâches. Les modalités de prise de rendez-vous sont les mêmes que dans tout cabinet de cardiologie, soit sur le site internet, soit beaucoup de patients se présentent physiquement pour prendre rendez-vous dans certains territoires.
XG : Un acte très important et emblématique même de l’activité du cardiologue est la mesure la tension. Quand quelqu’un vient vous voir en consultation, est-ce que vous mesurez toujours la pression artérielle, quel que soit le motif ou il y a des motifs pour lesquels vous ne le faites pas ?
FJ : La mesure de la tension artérielle fait partie des examens systématiques. Chez nous, c’est nos infirmiers qui accueillent les patients donc ça fait partie de leur charge de prendre la tension avant de réaliser l’électrocardiogramme, qui sont les deux gestes systématiques faits à tous nos patients qui viennent chez nous. La tension, elle est systématique.
XG : La tension est mesurée systématiquement quand on rentre dans un des cabinets de cardiologie du réseau CardioParc. Mais c’est mesuré avec quel type d’appareil ?
FJ : avec des appareils de mesure automatiques avec brassard au bras.
XG : pouvez-vous détailler le nombre de mesures que font vos infirmiers ? Quel est leur protocole ?
FJ : Ce n’est pas encore totalement protocolisé mais il y a des infirmiers qui ont pris l’initiative de faire plusieurs mesures quand ils trouvent la tension élevée. Pour des raisons d’organisation, il y a quand même une mesure qui est faite et très souvent on a recours, si la tension est élevée, soit à conseiller des automesures, soit à la mesure ambulatoire.
XG : L’éducation, la formation à l’automesure, apprendre au patient – il y a des choses à lui apprendre tout de même – c’est le médecin, le cardiologue, ou c’est l’infirmier ou l’aide-soignante ou l’assistant médical qui enseigne au patient le protocole ?
FJ : C’est l’équipe, soit nos infirmiers, soit nos IPA. C’est quelque chose qui est protocolisé, il y a un discours qui a été validé mais ce sont nos équipes qui le font, ce n’est pas du temps médical de cardiologue.
XG : Est-ce que vous leur remettez un document ou vous leur montrez une vidéo, utilisez-vous des aides ?
FJ : On leur remet une feuille A4 avec le protocole d’automesure sur 3 jours, les quelques règles de base pour une bonne mesure à la maison, et ceci est également expliqué oralement aux patients.
XG : C’est une feuille faite maison ou vous prenez par exemple celle qui est disponible gratuitement sur le site de frhta.org ?
FJ : On s’en est fortement inspiré, en tout cas le contenu médical est exactement le même.
XG : Conseillez-vous parfois l’usage d’applications ? Il y a maintenant beaucoup d’applications, il y a la fameuse suiviHTA, vous la connaissez depuis le début, en 2021, mais il y a maintenant les applications des appareils. L’application Omron Connect est de très bonne qualité, celle de Withings je l’aime un peu moins, mais elle existe. Hartmann en a une aussi. Est-ce que vous en conseillez ou vous laissez le patient se débrouiller ?
FJ : On laisse le patient se débrouiller pour la simple raison que pour nous, la finalité – si on devait arriver à quelque chose de très fonctionnel – ce serait une solution intégrée au dossier médical parce que le suivi des automesures c’est un vrai sujet.
XG : Utilisez-vous une plateforme de télésurveillance ou essayez-vous d’en développer une ?
FJ : Pour le moment, on est très papier/crayon, on donne la feuille au patient. On lui dit de remplir à la main et de nous scanner le document et de le mettre dans son dossier par contre, dans son dossier médical sécurisé.
XG : Si un jour la Fondation Hypertension ou le Comité de Lutte contre l’Hypertension mettaient à votre disposition une plateforme pour que les patients puissent déposer leurs documents et que les cardiologues – ou les aides, les gens de l’équipe – puissent aller voir, vous seriez usager de cela ou pas ?
FJ : Je signe immédiatement ! Si c’est intégré au dossier médical du patient, c’est indispensable.
XG : J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, c’est que cette plateforme existe, elle n’est pas encore mise en avant parce qu’elle est actuellement en test dans un secteur de la prise en charge un peu différente de la cardiologie, la neurologie vasculaire. Il y a actuellement un programme avec des neurologues vasculaires d’un grand hôpital de la région parisienne qui utilise notre plateforme, pour nous dire comment la rendre encore plus performante et il n’est pas impossible que réellement d’ici la fin de l’année, elle puisse être mise à la disposition de tous ceux qui voudront l’utiliser. Un autre acte très traditionnellement réservé au cardiologue : la fameuse MAPA, la mesure ambulatoire de pression artérielle, ou en anglais ABPM, ambulatory blood pressure monitoring. Est-ce que vous faites toujours cet examen, qui n’est pas remboursé – l’assurance maladie ne rembourse pas cet examen, ça fait 35 ans qu’il existe mais la cardiologie n’a jamais réussi à faire autre chose que des petits bricolages de remboursement – ce qui peut être un frein parce que ça consomme beaucoup de temps personnel, personnel médical ou paramédical ?
FJ : Oui on l’utilise assez largement malgré le fait que ça ne soit pas remboursé par l’assurance maladie et pour le moment, on ne la facture pas au patient.
XG : C’est un don que vous faites, ça fait partie d’un package ? Vous fonctionnez sous une modalité de forfait ?
FJ : Le forfait n’existe pas dans notre métier, on ne facture qu’à l’acte, comme tout cardiologue libéral. Quand on fait une MAPA, c’est zéro, c’est un choix qui est propre à notre structure. Notre comité médical avec tous les cardiologues ont validé de continuer à faire la MAPA parce que notre communauté de cardiologues trouve que ça a de l’intérêt, que ça apporte un plus par rapport aux automesures.
XG : Je suis tout à fait de votre avis, il y a un grand intérêt à estimer la pression artérielle nocturne. Je reviens sur le forfait, la cardiologie n’a pas ce mode de rémunération là, mais vous m’avez dit que vous travailliez avec des infirmières de pratique avancée, qui elles sont sur une modalité de forfaitisation. Pourrait-on imaginer que, dans votre structure, les gens qui ont de la MAPA c’est sur le forfait de la prise en charge « maladie chronique », « hypertension artérielle, suivi, prise en charge, diagnostic » de l’infirmière de pratique avancée ?
FJ : C’est le cas, c’est nos IPA qui sont en première ligne pour la gestion de l’hypertension.
XG : Vous l’offrez mais c’est quand même dans le forfait ?
FJ : Il y a un forfait quand il y a une IPA, mais évidemment les cardiologues continuent à contribuer parce qu’on n’a pas suffisamment de collaborateurs pour que ça soit 100 % IPA. Mais je pense que bien formée, une IPA peut tout à fait faire du bon travail.
XG : Je suis d’accord avec vous, je pense que la mesure est vraiment un travail qui doit être fait avec beaucoup de temps, de conviction, de patience et qu’il faut se faire aider, nous médecins, parce que aujourd’hui notre temps à nous, il doit être réservé à des décisions de thérapeutique, des décisions diagnostiques mais quand même beaucoup moins de l’éducation parce que mesurer la pression, ça reste de l’éducation. Pouvez-vous me dire comment vous gérez l’interprétation de cette MAPA ? Qui l’interprète : le cardiologue ou l’infirmière de pratique avancée, ou même il y a aussi aujourd’hui des éléments d’automatisation d’interprétation – qui sont à mon avis très grossières, mais la comparaison par rapport aux seuils et puis c’est un peu automatique, comment vous faites, vous, à CardioParc pour les MAPA ?
FJ : Il y a toujours un passage de cardiologue sur le sujet parce qu’on considère qu’il y a encore du chemin pour que l’équipe soit autonome dans la gestion, notamment l’équipe des IPA. Il y a toujours un cardiologue qui intervient sur le sujet, ce qui permet à tout le monde d’avancer et de progresser. Je pense que les critères d’interprétation, les dernières recommandations européennes, ont un petit peu rebattu les cartes avec les seuils.
XG : Pour la MAPA, peu importe les recos. Je vais vous poser une situation qui est souvent problématique : un patient est élevé au-dessus du seuil pendant la période d’éveil le jour, et il est en-dessous du seuil – pour moi, c’est 120 pour la systolique – pendant la période de nuit. 120/70 ces recommandations n’ont pas beaucoup bougé vis-à-vis de ce seuil en MAPA la nuit. Quelle décision vous prenez ? Vous le considérez comme un hypertendu ? Vous lui donnez un traitement ?
FJ : Très souvent, il finit avec un traitement. Est-ce que c’est la bonne décision ? C’est très partagé entre nous, on se rend compte qu’il y a des patients qui sont actifs, qui ont un travail parfois prenant, on leur dit « allez quand même au travail avec votre MAPA », et c’est vrai que j’ai eu des cas de patients à qui on a refait les MAPA dans d’autres conditions, qui au début étaient élevées la journée et normale la nuit, donc il y avait une décision de traitement éventuel. En refaisant la MAPA avant de mettre le traitement, dans un contexte de vacances, ils avaient une MAPA normale. Il y a des cas où ces patients ont des chiffres, même sur une MAPA, qui peuvent être peut-être faussement élevés la journée. Je n’ai pas fait d’étude là-dessus !
XG : On est là avec nos pratiques, il y a un moment où on prend des décisions et donc ça m’intéressait.
FJ : Sur plan pratique, ces patients finissent quand même avec un traitement.
XG : Faites-vous attention aux appareils de MAPA que vous utilisez ? Vous avez les grandes marques, celui qui est la tête de file mais qui est très cher, le Spacelabs, le plus cher de tous, quatre à cinq fois plus cher que ceux qui sont sortis derrière, quel choix vous avez fait parce que CardioParc est aussi une entreprise : avez-vous eu une réflexion autour de l’achat ?
FJ : Chez nous, on a du Spacelabs, mais on en a discuté d’ailleurs il y a quelques mois, on se pose la question d’aller vers des dispositifs de mesure au poignet, de type – pour ne pas les citer – Aktiia, si un jour on a une version pro, parce que je trouve que c’est plutôt pertinent, et que la MAPA pose parfois problème à certains patients avec le gonflement du brassard. Je trouve que les dispositifs cuffless ont un avenir et qu’ils ont leur place dans la gestion professionnelle de la MAPA du futur.
XG : Vous avez déjà goûté à ces produits cuffless, le fameux bracelet Hilo-Aktiia, moi je trouve que – on le sait, je me suis déjà exprimé – c’est une vraie rupture conceptuelle, technologique, c’est indéniable. Maintenant qu’est-ce que vous vous réclameriez ? Vous me disiez une version pro. Finalement, vous attendez quoi d’eux, par rapport à leur produit actuel où il y a une très belle application. Mais vous attendez quoi de plus ? D’avoir accès à une plateforme par exemple ?
FJ : Pour faire une petite parenthèse, pourquoi on continue à faire beaucoup de MAPA ? Dans notre expérience, il y a à peu près jusqu’à 20 % des patients qui ont du mal même à faire des automesures. Il y a des patients qui ne sont pas autonomes dans la gestion de leurs mesures d’hypertension et on a besoin d’un outil qui soit automatisé. Aujourd’hui, s’il faut que le patient télécharge une application pour gérer ses tensions, qu’il envoie à son médecin, on ne va pas gagner beaucoup d’autonomie pour ces patients-là. Il faut que l’outil soit autonome et qu’on puisse récupérer sans l’intervention du patient les chiffres. C’est ça l’idéal.
XG : Dans le Hilo, une des contraintes est la calibration, il faut que le patient le fasse tout seul ou le faire avec lui – dans ma pratique, je le fais avec lui pour être certain, pour lui montrer, pour faire de la pédagogie. Je ne l’ai même pas délégué à un personnel alors que je délègue la mesure de la pression artérielle, parce que c’est très technologique et un peu compliqué. Je pense que c’est ça qui doit évoluer. Sur la partie de recueil des données, l’accès à une plateforme, est-ce qu’il y a une demande de votre part ou pas à avoir finalement la pression artérielle des gens tous les jours ?
FJ : Ma demande serait que ces chiffres remontent automatiquement dans le dossier patient.
XG : Dans le dossier patient avec l’idée d’une télésurveillance, il y aurait une tierce personne qui regarderait ? Si ça remonte le dimanche comment on fait ?
FJ : En fait ce n’est jamais une urgence.
XG : Ça peut l’être ! Et il faudra qu’on s’organise différemment, parce que si on laisse passer le 180/120, le plus souvent il ne se passe rien, mais si le patient fait un incident cardio-vasculaire sur une poussée tensionnelle parce qu’il a pris trop de sel, ça arrive, et si on n’a pas pu mettre en place la surveillance, je dirais même qu’on a une responsabilité probablement, même pénale. C’est mon analyse et donc je préférerais ne pas avoir la pression artérielle tous les jours.
FJ : Ça ne sert à rien de dire au patient « envoyez-moi vos tensions le dimanche » si on n’est pas capable de les regarder. Il faut cadrer le recueil des données, dire « nous récupérons vos données entre tel jour et tel jour, entre telle heure et telle heure, et voilà clairement ce qu’on vous offre comme retour ». On a quand même, sur les 17 millions d’hypertendus en France, la moitié qui s’ignore encore ! Le sujet pour nous c’est d’en diagnostiquer un petit peu plus, plutôt que de s’inquiéter uniquement de se dire tiens, celui qui est surveillé, est-ce qu’on va rater un 16 et demi le dimanche, qui risque d’entraîner quelque chose. Il faut le cadrer juridiquement parce c’est important, à partir du moment où les données existent. Mais je crois que l’essentiel est ailleurs : comment on diagnostique, comment on suit et comment on améliore le pronostic et l’observance.
XG : Sur la gestion de la tension basse, parce que maintenant que les gens mesurent beaucoup, je trouve que nous médecins sommes très hétérogènes entre nous, même spécialistes, pour aller dire la tension est basse, parce que les gens là ils font vraiment des choses : ils arrêtent les traitements, ils ne les prennent pas, ils décident de faire ci, faire ça, et en ayant donné la possibilité de finalement prendre des décisions inadéquates, il faudrait que nous médecins on soit plus en conjonction, qu’on soit d’accord sur ce qu’est une tension basse. Ce sera un autre débat ou un autre entretien à fairevensemble.
FJ : Avec plaisir !
XG : Docteur Jamal, un grand merci, je pense qu’on a eu le discours de praticiens, on a échangé sans aucune contrainte, bien évidemment aucun vendeur de médicaments, d’appareils de tension ne sponsorise !
FJ : Aucun conflit d’intérêt.
XG : On est là pour parler d’une vraie évolution tout de même, qui est qui est la mesure de la pression artérielle, et je vous félicite pour tout ce que vous avez fait dans votre réseau pour favoriser l’accès aux soins des patients hypertendus.
FJ : Il y a encore du chemin.
La mesure de la Pression Artérielle (PA) en dehors du cabinet de consultation est appelée « Automesure », le patient mesure personnellement sa PA à son domicile avec un appareil validé (appareil oscillométrique de mesure de la PA avec un brassard sur le haut du bras). Les explications figurent sur le pictogramme. Les patients devront suivre les mêmes étapes qu’à la consultation. Deux mesures séparées de 1 à 2 min seront prises, deux fois par jour (matin et soir) à la même heure pendant au minimum 3 jours et jusqu’à 7 jours, puis faire la moyenne de ces mesures. Si après 3 jours la moyenne est proche de l’objectif du traitement, alors poursuivre jusqu’au 7ème jour. Le patient conservera les valeurs de PA (carnet ou application par exemple) et fera vérifier régulièrement son tensiomètre auprès de son professionnel de santé. Après 4 ans un appareil peut être imprécis, et dans ce cas il devra être remplacé.
La moyenne des valeurs d’automesure ≥135/85 mmHg (équivaut à une PA prise en consultation ≥ 140/90mmHg) doit être utilisée pour diagnostiquer une HTA, et la moyenne de PAS (PA Systolique) de 120-134 mmHg ou PAD (PA Diastolique) de 70-84 mmHg pour diagnostiquer une PA élevée. Remarquons, que pour définir la PA élevée on utilise le même objectif de PA (120/70mmHg) pour les mesures à domicile et en consultation.
Après avoir trouvé une PA élevée en consultation et pour confirmer le diagnostic d’HTA, les prochaines valeurs de PA seront analysées avec les données cliniques. La PA prise en consultation a une spécificité plus faible que le Monitoring Ambulatoire de la PA (MAPA) pour détecter l’HTA, alors le diagnostic fait seulement avec la PA en consultation est moins souhaitable à moins qu’il ne soit pas possible de faire autrement. Pour des niveaux de PAS 160-179 mmHg ou PAD 100-109 mmHg, une confirmation rapide (dans le mois) est recommandée, en utilisant soit la méthode de mesure en consultation ou en dehors de la consultation, car tout retard de traitement est associé à une augmentation des complications Cardio-Vasculaires. La PA ≥ 180/110 mm Hg est une urgence hypertensive dont il faire le bilan, et dans ce cas il est recommandé de débuter rapidement un traitement anti-hypertenseur, sinon, obtenir une confirmation rapide (dans la semaine) peut être envisagée avant de traiter.
Pour le dépistage de la PA 140-159/90-99 mmHg, la mesure tensionnelle en dehors de la consultation doit être faite pour confirmer le diagnostic. Quand le traitement des chiffres tensionnels élevés est discuté (120-139/70-89 mmHg ) chez des personnes à haut risque de maladie Cardio-Vasculaire ou à haut risque à 10-ans de maladie Cardio-Vasculaire, la mesure tensionnelle en dehors de la consultation est recommandée, pour confirmer la PA et rechercher une HTA masquée et une blouse blanche. Les mesures tensionnelles en dehors de la consultation peuvent aussi être utiles pour des personnes ayant une PA de 130-139/85-89 mmHg pour diagnostiquer une HTA masquée et une blouse blanche.
Les mesures répétées de la PA en consultation restent l’approche la plus courante pour le suivi de l’HTA, mais plusieurs axes de recherche s’orientent vers la mesure de la PA en consultation et en dehors du cabinet.
L’autosurveillance est associée à une baisse moyenne de la PAS à 12 mois ( – 3.2 mmHg en moyenne, allant de -4.9 à -1.6 mmHg). De plus, on connait les bénéfices du télémonitoring, des interventions numériques et des applications (santé mobile) dans la prise en charge de la PA. L’autosurveillance a probablement aussi un bon rapport cout-efficacité. Malheureusement, en pratique clinique, certains patients ne peuvent communiquer des données fiables de leurs automesures, et leur appareil et technique de mesure ont besoin d’être vérifiés.
Le Monitoring Ambulatoire de la Pression Artérielle (MAPA) est une référence de la mesure de la PA mais leurs répétitions n’est pas pratique à cause des contraintes de matériels et, rarement, par la faible acceptabilité des patients. Il y a un manque de données sur le suivi du traitement réalisé en automesure comparativement à la PA en consultation et la MAPA. Une étude clinique du suivi des traitements comparant les trois techniques, automesure, consultation et monitoring ambulatoire a montré qu’elles étaient équivalentes sur le contrôle tensionnel et les complications liées à l’HTA. D’autres études ont montré une tendance non significative du contrôle tensionnel moins efficace avec le monitoring ambulatoire comparativement à la PA prise à la consultation, mais le groupe ambulatoire était médicalement moins traité. Des avantages potentiels de la mesure ambulatoire sur l’automesure inclus le diagnostic de l’hypertension nocturne ou l’hypotension symptomatique transitoire ou l’hypertension lors de l’effort. Ainsi, dans le suivi de la PA, le monitoring ambulatoire et l’automesure devraient être considérées de façon complémentaire ou associée, plutôt que concurrentes.
*McEvoy JW et al. Eur Heart J. 2024 Oct 7;45(38):3912-4018. doi: 10.1093/eurheartj/ehae178
En vidéos :
10 trucs pour réussir son automesure
L’automesure tensionnelle est essentielle pour le suivi du patient
Mesure de la pression artérielle sans brassard
(Pr Xavier Girerd, Congrès CNCH, novembre 2022)
La Haute Autorité de Santé et l’Assurance Maladie recommandent la pratique de l’automesure car elle aide le médecin :
Le rôle du professionnel de santé dans l’automesure
Retrouvez ici les conseils pour bien utiliser votre tensiomètre automatique.
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Les mesures sont effectuées par le sujet lui-même, sans changer de bras et selon ces recommandations :
Avec le relevé des tensions ci-dessus
Le rapport de tensions doit toujours être communiqué au professionnel de santé avant d’interrompre ou de modifier le traitement.
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Si l’utilisation des appareils de poignet semble plus facile que celle des tensiomètres avec « brassard au bras », des erreurs dans leur manipulation sont possibles. Vérifiez que la partie gonflable du brassard est bien positionnée en face des artères du poignet. Effectuez les mesures, en position assise, avec la main à la hauteur du cœur lorsque la mesure est effectuée. La mesure peut être ainsi réalisée « bras croisés », avec la main qui porte l’appareil posée sur le coude du bras opposé.
Il est normal que la tension varie. Pour diminuer les différences entre les chiffres, il faut débuter l’automesure après au moins 5 minutes de repos dans un environnement calme (éviter les mesures en regardant la télévision) et effectuer 3 mesures consécutivement.
Cette différence n’est pas due à un mauvais fonctionnement de l’appareil. C’est parce que la tension est mesurée au domicile, au calme et au repos que les tensions sont plus basses en automesure que chez le médecin. Pour tenir compte de cette différence, les limites de l’hypertension sont fixées à 135/85 en automesure et à 140/90 chez le médecin.
Chez un sujet en bonne santé, la tension mesurée par automesure est habituellement à 110/70 mais souvent plus basse, en particulier avant l’âge de 40 ans. Chez un sujet soigné pour une hypertension, des chiffres à 110/70 indiquent une bonne efficacité du traitement. La diminution ou l’arrêt des médicaments ne doit pas être faite par le patient sans l’avis de son médecin. Un déséquilibre de la tension est à craindre si les médicaments sont pris de façon irrégulière.
En savoir plus :
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